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 Nhom Lutt Pan, la forteresse pirate

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Anubis Thorgana
Contre-Amiral de la Mort

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MessageSujet: Nhom Lutt Pan, la forteresse pirate   Sam 28 Jan - 16:12

Plusieurs jours s'étaient écoulés depuis cette funeste échauffourée où Anubis et son équipe avaient subi bien des dommages. Des jours durant, la flotille du Contre-amiral de la Mort avait vogué à allure réduite le long de routes maritimes peu fréquentées où elle n'avait croisé aucun autre navire. À bord du Léviathan, l'ambiance d'abord austère tendait à ce réchauffer au fil du temps, et l'atmosphère lourde de tristesse laissait petit à petit la place à une touche de légèreté qui rendait à l'équipage d'Anubis sa bonne humeur habituelle. Les pirates demeuraient peu à terre, et l'idée qu'ils allaient pouvoir se promener en ville, faire la fête et boire comme des trous leur redonnaient courage. Leurs camarades disparus au combat, ils en étaient sûrs, n'auraient pas voulu qu'ils se laissent abattre par leur mort et, forts de cette certitude, ils ne tardèrent pas à retrouver leur désir de croquer la vie à pleines dents.

Anubis, soulagé de voir son équipage reprendre ainsi sa joyeuse ardeur, ne partageait cependant pas ce sentiment. Depuis la bataille, il sortait très peu de sa cabine, si bien que l'on s'inquiétait un peu pour lui. À commencer par Philéas, qui tentait désespérément de redonner à son Capitaine et ami un semblant de goût de vivre. Mais rien n'y faisait : Anubis était sombre comme jamais, et ce depuis ce soir où Lyina était venu le voir. Y avait-il un lien ? Même lui ne pouvait répondre à cette question. Toujours était-il qu'il traînait avec lui une aura de ténèbres glacées qui donnait froid dans le dos, et que l'équipage ne le voyait plus beaucoup. Du moins, jusqu'à ce que la grosse voix de la vigie ne retentisse sur le bateau, immédiatement prise en écho par la vigie de l'Hydre de Lerne qui naviguait non loin :

― Terre en vue !!
À ces mots, l'on aurait dit qu'un branle-bas de combat venait d'être décrété : l'équipage, somnolent dans ses habitudes et tranquillement affairé à maintenir le bateau en ordre, sortit soudainement de sa torpeur matinale ― il devait être dix heures du matin ― et ses membres se précipitèrent le long des gardes-fous afin de tenter d'apercevoir cette terre tant attendue. On ne voyait encore que quelques sommets boisés caractéristiques d'une île montagneuse, mais la vue se préciserait très vite. Une porte s'ouvrit d'un coup sec de l'autre coté du pont : Anubis, haute silhouette drapée dans sa longue veste noire, fit sa réapparition. En le voyant, l'équipage, dont la perspective de l'arrivée renforçait la bonne humeur, le salua joyeusement dans un chœur effroyablement cacophonique ; et Anubis, certain que cette escale lui ferait aussi du bien, se laissa porter par l'allégresse générale, sans toutefois y prendre part pleinement. Néanmoins, on sentait que sa détermination coutumière lui revenait tendit qu'il saluait son équipage, avant de monter sur le pont supérieur. Lyina était là, radieuse et enjouée, tenant la barre du Léviathan avec dextérité et assurance. Elle semblait également impatiente d'arriver.

― Bien le bonjour, mademoiselle Neluira, la salua Anubis. J'espère que vous vous sentez prête. L'accès à Nhom Lutt Pan n'a rien d'une partie de plaisir...
― Bien sûr que je suis prête, lui répliqua-t-elle ! Ce ne sont pas vos petits courants de pacotille qui vont me faire peur !
― Parfait, répondit Anubis.
En effet, la ville était très difficile d'accès. Nhom Lutt Pan se trouvait au fond d'une grande crique de la partie Est de l'île sur laquelle se trouvait Daïman, dans une région où la mer était parsemée de récifs entrecoupés de forts courants extrêmement complexes, en ceci qu'ils zigzaguaient de manière incongrue sans mener nulle part. Ainsi, le port de la ville ne pouvait être atteint que si l'on connaissait exactement quelle route suivre, car tout écart conduisait les bateaux dans des courants qui les rejetaient en direction de l'Océan, ou qui les lançaient contre les récifs. Ces courants constituaient un moyen naturel efficace pour empêcher les autorités de l'Archipel ainsi que les non-pirates d'accéder à la ville : seuls les capitaines pirates étaient mis au courant de la route précise à suivre. Par ailleurs, Nhom Lutt Pan n'était pas vraiment connue des autorités. Sur les cartes officielles, la ville n'apparaissait pas, et la crique elle-même ne figurerait pas sur le contour des terres. Cela s'expliquait par le fait que la crique n'était pas visible depuis l'Océan tant que l'on ne s'engouffrait pas entre les récifs, et qu'elle était inaccessible par voie terrestre car ceinte de hautes falaises escarpées et couvertes de forêts luxuriantes ; si bien que Nhom Lutt Pan était véritablement coupée du monde.

Néanmoins, ces récifs ne pouvaient effrayer le terrible Léviathan qui s'y engouffra sans hésiter, ouvrant la voie à l'Hydre de Lerne qui le suivait de près. Dans sa qualité de Grand Pirate, Anubis connaissait la route par cœur, et il dictait les manœuvres au fur et à mesure, tandis que Lyina s'empressait d'exécuter ses ordres. Et comme sa maîtrise de la barre n'était plus à démontrer, la flotille ne tarda pas à s'extraire des courants, et à se faufiler entre les deux falaises serrées qui formaient comme une porte, par laquelle elle pénétra dans la grande crique. Face à Anubis et à son équipage s'élevait désormais Nhom Lutt Pan, vaste agglomérat de bâtiments en tous genres, en bois ou en pierre, qui se déployaient en plusieurs couches le long des plateaux de la falaise montagneuse sur laquelle elle se hissait. La ville était parsemée ça et là de verdure tropicale, et ses différentes parties étaient reliées entre elles par des ponts, des escaliers, des tyroliennes, des cordes, soit tout un système chaotique de moyens de transports délirants. Elle était construite de manière aléatoire, et était truffée de passages secrets, de maisons cachées et de milles autres mystères à découvrir, si bien que l'on y trouvait tout ce que l'on voulait. De plus, des canons planqués partout rappelaient que cette cité était aussi une forteresse, où tous les pirates étaient en sécurité. Enfin, toute la berge était recouverte par le port de Nhom Lutt Pan, où des dizaines de bateaux de toutes les formes, de toutes les tailles et de toutes les couleurs se reposaient tranquillement tandis que leurs équipages bourlinguaient quelque part.

― À bâbord, il y a le chantier naval, dit Anubis à Lyina tandis que Philéas et John arrivaient sur le pont. C'est là que nous allons. Amarrez-nous directement sur l'un des espaces de réparation.
― Ça marche, répondit Lyina !
― Par tous les dieux, s'exclama John, voilà belle lurette que je n'étais pas descendu dans un tel endroit !
― Profitons-en pour nous ressourcer, dit Anubis. Il y a plein de choses à faire dans cette ville, et j'ai le sentiment qu'il nous faudra être en forme pour la suite de notre périple...
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Lyina Neluira
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MessageSujet: Re: Nhom Lutt Pan, la forteresse pirate   Dim 29 Jan - 21:16

Les jours passèrent, et je laissai de côté toutes mes pensées trop peu réalistes et convenables pour ma situation. Cela ne m'aurais que tourmenter et déconcentrée...et surtout, avancer à rien.
Et puis, l'équipage avait besoin de garder le moral de plus en plus haut pour se remettre, et j'aidai à cela avec ma joie et mon humour intempestifs de d'habitude.
Une bonne ambiance fut assez vite revenue. De plus, nous nous dirigions vers LA ville la plus adorée des hommes de la flotte, et ce depuis longtemps. Cette idée les revigorait.

Tout avait repris comme avant, mis à part le fait qu'on voyait encore moins souvent qu'à la normale le Capitaine sortit de sa cabine.
Avais-je fais ou dis quelque chose? OUi, bien sûr, mais jusqu'à le rendre encore plus solitaire...
Je ne pouvais m'empêcher d'y penser et repenser lorsque je m'enfermais dans ma cabine pour me reposer. Même si c'était souvent pour y penser que je m'y enfermais... J'y pensais, tout en dessinant. Des fois que son regard, des fois le visage en entier, puis parfois je m'efforçais un peu à dessiner des paysages pour ne pas perdre la main et m'obliger à concentré mon esprit sur autre chose.


Puis une journée vint où on entendit les vigies du Léviathan et de L'Hydre de Lerne crier 'Terre en vue'. Les trois mots les plus attendus ces jours-ci. Tous les hommes de l'équipage sortèrent de leur petit repos ou tâches pour jetter un oeil au large vers lequel je nous conduisais.
Anubis était sorti pour "l'occasion". Après le salut général que l'équipage lui adressa, il monta sur le pont supèrieur oùje me trouvais et me salua à mon tour tandis que j'étais à la barre.


- Bien le bonjour, mademoiselle Neluira. J'espère que vous vous sentez prête. L'accès à Nhom Lutt Pan n'a rien d'une partie de plaisir...

- Bien sûr que je suis prête! Ce ne sont pas vos petits courants de pacotille qui vont me faire peur !

- Parfait.

Nhom Lutt Pan. Situé au fond d'une crique dont l'accès était semés d'embuches comme des récifs et des courants ne faisant pas dans la simplicité. C'était aussi pour cela que j'aimais m'y rendre.
Anubis connaissait la route par coeur, je n'avais que mes souvenirs, je dut donc écouter chacunes de ses directives de manoeuvre. On parvint assez vite à s'engouffrer. Destination atteinte. La ville fut visible, aussi grande et anarchiquement rangée qu'à l'habitude. Des bâtiments entassés qui semblaient plus ou moins solides, des tiroliennes, échelles, ponts entres les différentes parties de la cité, tout cela cachant des petits secrets, mystères de constructions et passages secrets. J'en avais découvert pas mal durant nos dernières escales ici pendant que l'équipage cuvait sa soirée arrosée.
C'était ce qui me plaisait en partie le plus dans cet endroit farfelue, ainsi que le nombre impressionnants de différents pavillons aux mats des différents navires. Tous pirates, hors la loi... De quoi nous rappelez que nous n'étions pas seuls sur l'océan et ses eaux. Le Léviathan et L'Hydre de Lerne étaient souvent vite reconnu ici. Notre Contre Amiral de la Mort avait assez la côte dans la piraterie, entre autre pour avoir une femme dans son équipage. Même chez les autres, cela était très peu courant, et le peu que je connaissais servaient de donzelle de service ou de cuisinière. Moi, la cuisine, je la vidais toujours plus qu'autre chose...

Anubis odronna d'aller au chantier naval afin de faire réparer les dégâts des deux navires de sa flotte, ce que je fis. John et Philéas étaient arrivés sur le pont supèrieur. Tout trois commencèrent à discuter.
Une fois amarré -ce qui ne pris que très peu de temps vu l'empressement de l'équipage-, je quitta vite la barre pour aller dans ma cabine. J'avais une envie de me changer, de changer, même. Pour une soirée, cette soirée. Après tout, cette escale faisait une bonne excuse pour cela.
J'enfila mes grandes et hautes chaussettes rayées bleu et gris et mon unique jupe, bleue plus foncée, qui m'arrivait juste au-dessus des genoux que j'avais confectionné à mes heures perdues. Puis un grand anneau à l'oreille que j'avais piqué à l'occasion à une dinde d'ici qui gisait sur le sol du rhum sortant encore de sa bouche -sans doute les seules personnes que j'aurais aimé supprimer de cet endroit-. Je gardai néanmoins ma chemise bouffante, mais en attacha les bouts un peu au-dessus de la taille, mon serre-taille m'aurant tenu trop chaud. On aurai presque dit une vraie femme pour un peu. Et pour le peu que je me souvienne, je crois bien n'être encore jamais sortie de ma cabine ainsi. J'en eu une confirmation indirecte en voyant l'étonnement dans les yeux de l'équipage lorsque je me montra.

Tout le monde, prêt à aller se saouler sur un air de musique qu'on entendait déjà au loin, était impatient d'y aller.
Le Capitaine sorti de sa cabine avec John et Philéas.


- Et bien, camardes! Allons-y de ce pas!

Grandes exclamations, gros bruits de pas, et nous voilà laissant les deux bâtiments aux mains des hommes du chantier naval qui savaient très bien ce qu'ils avaient à faire.
Nous nous rendions à notre saloon -si on pouvait apeller cela comme tel- favoris, tous ensemble, et pour une fois, nous nous installions tous à la même longue table. Certes, nous étions moins nombreux suite à la bataille quelques jours passés, mais peut être était-ce justement pour cela, pour cette bataille et ces pertes, que nous étions tous réunis.
L'alcool commença déjà à descendre dans les entrailles des hommes, un lait de chèvre descendait dans les miennes. La musique mêlée au bruit donnait une bonne ambiance, exactement comme on s'y attendait. On discutais tous de tout, les hauts gradés -on ne pouvais s'empêché de les appelés comme ça à chaque grande tablée- étaient en bout de table et parlaient parfois un peu plus sèrieusement. Des rires, des exclamations, des cris... Oui, c'était un bon moment.

Après quelques temps, les musiciens semblèrent se disputer le prochain morceau à jouer. Cela commença à se faire entendre après un moment sans fonds sonores musicaux et des cris un peu plus élevés et colèriques qu'à la normale.
De là me vint une envie dingue.
Je me leva d'un bond, vida mon verre d'une traite -si ce choix de terme m'est permis- et me dirigea vers les musiciens. Lorsq'uils virent une femme, poings sur les hanches, face à eux et sourcils froncés, ils ne purent que s'arrêter dans leur débat mouvementé. Etrangement, le silence se répendit sur toute la salle. Une pause, puis je m'assis au piano. Il était petit, vieux, en bois, mais avait du son à revendre.


- Cela faisait....si longtemps...

Après ces mots murmurés, je me lanca dans ce qu'on pourrait nommé un petit concert d'ambiance enjouée.
Spoiler:
 
Les notes venaient, venaient, quelle joie, très vite on tappa des mains en suivant le rythme. J'entendais à notre table les hommes rirent de surprise. Il n'y avai pas de piano sur le Léviathan, et n'avaient jamais eu l'occasion de savoir que je savais en jouer. Les musiciens n'osaient partir dans un accompagnement, mais semblaient agréablement surpris également.

La nuit était maintenant tombée. Le ciel était dégagé et beau. On devait sans doute bien voir les étoiles. Le paysage devait être magnifique, dans le noir de la nuit, les astres hauts tels des paillettes puis les lumières de la ville, ville qui laissait échapper des grands éclats de rires et de bruits enjoués aux allures conviviales.

Morceaux fini.
Tout l'équipage ou presque se leva en criant et applaudissant, sans doute fière que je fasses partie des leurs.
Je retourna vers eux. Karl, un canonier, me lança un regard que je compris très vite. En moins de deux, nous voilà tous deux sur la table à chanter ce qui résonnait très souvent à Nhom Lutt Pan, ce qui nous vallu l'accompagnement des musiciens.
Spoiler:
 
Les autres se mirent à chanter avec nous, tandis que lui et moi dansions, enchainant coudes à coudes tournants et can-can improvisé -l'équipage découvri ainsi également l'existance de mes jambes assez féminines-. On nous aurais dit saouls, bien que ce n'était pas le cas du tout.

La joie, le rire, le bonheur d'être tous ensemble, sans une seconde pour réfléchir et penser, juste s'amuser. Oh oui, quel moment magique. J'avais moi aussi tant attendu un instant comme celui-ci.




Dernière édition par Lyina Neluira le Dim 5 Fév - 8:32, édité 1 fois
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Lyina Neluira
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MessageSujet: Re: Nhom Lutt Pan, la forteresse pirate   Dim 5 Fév - 8:30

[Une envie d'illustrations....]




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Anubis Thorgana
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MessageSujet: Re: Nhom Lutt Pan, la forteresse pirate   Dim 5 Fév - 11:58

Le débarquement ne prit que très peu de temps. À peine les bateaux amarrés, la majeure partie de l'équipage se précipita pour placer les passerelles et descendre sur le quai de la surface de réparation, dans le chantier naval de Nhom Lutt Pan. Anubis donnait les derniers ordres sur le pont, tandis que tout le monde se préparait et s'entassait dans un coin du bâtiment. Il y eut des yeux ronds et des sifflements lorsque Lyina, sublimement parée, sortit de sa cabine, puis des frémissements d'impatience lorsque les derniers matelots descendirent du Léviathan. Le dernier à descendre fut le Contre-amiral de la Mort, qui terminait de s'assurer que les portes étaient bien fermées et verrouillées ― comme toujours lorsqu'il laissait son bateau sans personne à bord. Ces précautions n'étaient jamais de trop, même s'il n'y avait rien à craindre. En effet, le Code d'honneur de la piraterie interdisait formellement le vol de bateaux à un autre pirate, et Nhom Lutt Pan n'était accessible qu'à ceux qui avaient ratifié le Code, seule condition pour avoir le chemin à suivre entre les courants. Aussi, il pouvait se permettre de laisser son navire ici sans inquiétude. Voyant Anubis poser pied sur la terre ferme, Harold Palhumberg, le maître-charpentier du chantier naval, vint à sa rencontre.

― Je vous souhaite le bonjour, monsieur Thorgana, le salua l'homme bourru et mal rasé qui s'occupait des lieux. Sont-ce là vos bateaux que nous devons retaper ?
― Tout juste, répondit celui-ci. Nous avons eu... Une mauvaise altercation en mer, et comme vous pourrez le constater, il y a des réparations à faire.
― Fort bien. Montrez-moi ce qu'il y a à faire, et je m'en occuperai avec application et précision. Vous souhaitez des réparations pour quand ?
― Le plus rapidement possible, dit Anubis.
Talonné par le maître-charpentier, il fit un tour rapide de ses deux navires en expliquant à son interlocuteur quelles étaient les révisions à effectuer, tandis que l'homme acquiesçait et demandait force précisions, témoignant de son implication ainsi que de son savoir-faire ― renommé dans tout le monde de la piraterie. Très professionnel, il s'intéressait au moindre détail, et parlait inlassablement, usant de tournures de phrases particulières propres au coin reculé de l'Archipel d'où il venait. Enfin, il prit congé, et Anubis retourna vers son équipage qui attendait impatiemment de pouvoir y aller. Et il prononça ces mots tant attendus :

― Eh bien, camarades, allons-y de ce pas !
Et ce fut une charge gigantesque. Les hommes d'Anubis, qui se comptaient par vingtaines, se déversèrent dans les rues anarchiques de la forteresse pirate. Certains courraient en poussant des cris de joie, d'autres marchaient avec calme en profitant de la sensation d'être sur terre ; et au milieu de ce joyeux tohu-bohu, Anubis avançait nonchalamment, entouré de Philéas, de John, du Doc', de l'Alchimiste, de Lestatt et de quelques autres anciens de la prison. Ils arrivèrent bientôt en vue du Crocodile Embroché, le bar préféré de l'équipage du Contre-amiral de la Mort. En chemin, ils passèrent devant un grand mur recouvert d'affiches d'aspect curieusement officiel, pour un tel endroit. Les plus curieux s'en approchèrent, et on entendit alors :

― Oh ! Regardez !!
Ces affiches s'avérèrent êtres des avis de recherches publiés par les autorités de l'Archipel, et ceux qui étaient allés voir de plus près désignaient l'une d'entre elles tout en haut du mur, là où les primes étaient les plus chères et les pirates les plus dangereux. L'affiche disait :


Par la présente, les Hautes Autorités de l'Archipel Yunaï-Einji offrent pour la capture du dénommé
ANUBIS P. THORGANA
la somme de 10 000 PO, versée par la compagnie du Trésor.
Elles offrent de même 3 000 PO pour la capture de l'un de ses vingt-et-un lieutenants évadés de la prison de Daïman-Sulapion.
Enfin, elles s'engagent à verser la somme de 100 PO pour la capture de tout autre membre avéré de son équipage.
― Waouh ! s'exclama Lestatt, qui faisait partie des évadés, on a la cote ! Je ne me souviens pas avoir déjà valu autant...
― Et moi donc, répondit Anubis...
Les membres de l'équipage, qui n'avaient eux non plus pas souvent l'occasion de voir ces affiches, en restaient cois. Les plus jeunes recrues murmuraient entre eux des phrases comme "Donc, si on m'attrape, on donnera tout cet argent en récompense ?...". Sur l'affiche figuraient par ailleurs les photos d'Anubis et de ses lieutenants prises à leur entrée en prison. Tous avaient bien vieillis, depuis. Cela faisait déjà plus de sept ans... Forts de ces souvenirs, ils se remirent en route, et la petite troupe atteignit très vite l'enseigne du Crocodile Embroché, bar dans lequel elle pénétra rapidement, pressée par la soif et l'envie de fête.

Heureusement, les bars de Nhom Lutt Pan avaient justement été prévus pour accueillir des équipages entiers : la place ne manquait pas, et les banquets étaient toujours prêts à se former. Le tavernier ne mit pas longtemps à reconnaître ses visiteurs qui, à l'échelle pirate ― car les escales étaient plutôt rares ― étaient des habitués de son établissement. Il y eut des saluts amicaux, puis l'homme, aidé de sa famille, dressa rapidement une grande table pour faire tenir tout l'équipage. Et très vite, la boisson coula à flots, la nourriture circula le long de la tablée, et un brouhaha joyeux s'installa petit à petit, accompagné par les musiciens du bar qui ne tardèrent pas à lancer leurs accords entrainants à travers la foule. Les conversations allèrent bon train, et au bout de la table, Anubis, Lestatt et les autres discutaient également de choses et d'autres, peut-être plus sérieusement, mais sans oublier de se lasser aller gaiement. Même Anubis, d'habitude si morne, se laissait porter par la bonne humeur ambiante, sans toutefois y céder totalement.

Les heures passèrent, le soir tomba. L'ambiance était toujours festive, le tavernier allumait des bougies et des chandeliers afin d'éclairer la pièce d'une douce lumière. Ce fut alors que, bluffant absolument tout le monde, Lyina s'installa au piano et se mit à jouer de grands morceaux de manière excellente. Tout comme le reste de l'équipage, Anubis ignorait que Lyina savait si bien jouer. Il songea que cela pouvait être une bonne idée d'installer plus d'instruments à bord du Léviathan. Il y avait une éternité qu'il n'avait pas joué d'orgue ― plus depuis qu'il s'était enfui de chez lui, en fait, puisque c'est là qu'il avait prit ses cours. On ovationna la jeune femme lorsqu'elle acheva son répertoire. Tous se montraient fiers de compter une femme dans leurs rangs. Par la suite, elle monta sur la table en compagnie de Karl le canonnier, et ils se mirent à danser et à chanter, bientôt repris en chœur par le reste de l'équipage. Philéas se leva pour s'approcher et chanter, et fut suivi par John, puis par le Doc', et tous se mirent aux aussi à danser et à chanter ensemble. Cette fois-ci, la fête était lancée. Un tohu-bohu de tous les diables apparut lorsque tout le monde se mit à danser dans tous les sens. Ils étaient heureux...

Anubis, resté seul en bout de table, les observait attentivement. Il ne savait pas vraiment s'amuser comme eux le faisait. De sombres pensées lui vinrent. De toute façon, il ne pouvait pas danser sans risquer une crise d'asthme... Son regard fut attiré par la présence d'un homme seul, assis dans l'ombre à une table au fond du bar. Il semblait le regarder aussi. Anubis se leva alors, et s'approcha tranquillement de cet homme, qui le laissait venir, un cigare dans la main. Et, lorsque le Contre-amiral de la Mort fut assez proche, une voix puissante et claire s'éleva de l'ombre :

― Le Lord Anubis Prometheus Thorgana, dit-il. Voilà bien longtemps qu'on ne t'avait plus vu par ici...
― Je ne suis plus plus Lord, Izmenius. Dois-je te rappeller que j'ai renié ce titre ?
― Tu auras beau le renier, tu es né avec. Il est inscrit en toi, pour toujours et à jamais...
Izmenius Zhortanamos Zantas se pencha dans la lumière, révélant son visage scarifié d'un nombre incalculable de cicatrices et encadré de longs cheveux brun foncé qui tombait sur ses épaules. Il portait son grand chapeau noir et mité qu'ornait une plume rouge de perroquet des îles, et plongeait dans le regard froid et vide d'Anubis le regard pétillant de son œil droit à l'iris étrangement mauve, tandis que l’œil gauche était dissimulé par un bandeau noir serré autour de sa tête. Il sourit à Anubis, découvrant ses dents usées et sales, et Anubis afficha un air qui se voulait amical autant que possible, en présence d'un ami de très longue date en qui il avait toute confiance.

― Alors, demanda Izmenius, comment ça va, depuis la dernière fois ?
― Comme toujours, répondit Anubis. La vie est dure, longue et triste...
― Tu n'as vraiment pas changé... Ce sont toujours tes souvenirs qui te mènent la vie dure ? Ou est-ce autre chose ?
― C'est compliqué, se contenta de répondre Anubis, en tournant la tête du côté de son équipage.
Izmenius suivit son regard. Il connaissait Anubis depuis si longtemps qu'il était capable mieux que quiconque de deviner ce qu'il pensait.

― Elle fait partie de ton équipage, la p'tite femme qui danse sur la table, demanda-t-il en désignant Lyina ?
Anubis acquiesça.

― Elle est plutôt jolie, n'est-ce pas ?
― Je n'ai pas envie d'en parler, trancha Anubis.
― Soit, répondit Izmenius. Parlons d'autre chose, alors. Tu connais les dernières nouvelles du Continent ?
― Non, répondit Anubis. Voilà bien six mois que je n'ai pas lu un journal continental. Mais je me moque bien de se qui se passe là-bas.
― Surement, mais ça, ça va te plaire. Tiens, attrape !
Il lui lança une feuille de chou qu'il tira de son sac posé sur une chaise à coté de lui. Anubis l'attrapa au vol, et entreprit la lecture du papelard, daté d'il y a quelques jours. Ce qu'il vit lui fit écarquiller les yeux d'étonnement, face à une telle information.

― C'est sérieux, s'enquit-il ?
― Tout ce qu'il y a de plus sérieux, répondit Izmenius. Pendant que tu pillais des bateaux sur l'Océan, Haldaran et Abel se sont déclaré la guerre !...
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Lyina Neluira
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MessageSujet: Re: Nhom Lutt Pan, la forteresse pirate   Ven 30 Mar - 20:29

Tandis que tout les membres d'équipage dansaient, criaient, chantaient avec nous, j'aperçu Anubis se lever et s'éloigner rejoindre un homme dont le visage ne me disait rien. Sans doute une vieille connaissance...
Mais il ne fallait pas y penser, cela ne me regardais nullement. Pourquoi toujours cette habitude d'être curieuse quand il s'agissait du Capitaine...

Mes brèves pensées furent très vite interrompues par Karl, qui me saisi les mains. Et nous voilà parti dans un pseudo mélange tango-valse -danse à deux des gens qui ne savent pas danser dans les normes-. Autant vous dire que l'ambiance était loin d'être absente!
Après quelques minutes, ou quelques heures, je n'en savais rien à vrai dire, je redescendis de la table et cessa un peu la danse qui m'avait fait tourner la tête. Mais la fête continua, tout aussi joyeuse. Je pris mon verre de lait qui avait survécu aux secousses de sur la table et partie dehors afin de m'aérer un peu. A l’extérieur, tout était déjà plus calme. La nuit était avancée, et à cette heure la plupart des gens était dans une taverne ou autre endroit où l'on peut boire, dormir ou encore prendre du bon temps en "galante" compagnie. Les rues étaient donc désertes.

Je trouvais agréable de me promener dans ces rues étroites, plus ou moins bien pavés, même si la nuit les rendait sombres. Dans une ville normale, elles paraitraient peu sûres et à éviter. Fort heureusement nous nétions pas dans une ville normale.
Je marchai tranquillement, chantonnant un petit air qui me trottait dans la tête, buvant de temps à autres une gorgée de lait.
Ma marche m'ammena jusqu'à près du port. De là, on voyait le ciel à merveilles. Et quelles merveilles...les étoiles brillaient dans le velour noir au-dessus de ce monde qui est le notre.
Ma marche se poursuivi le nez en l'air, de telle manière que je ne vis plus ce qu'il y avait devant moi. Ni qui.


- Humph! Hé!

C'était à prévoir, je me suis mangé quelqu'un.

- Vous pourriez faire atten....tion...

Ce quelqu'un, qui était un jeune homme, butta sur ses mots quand il pris le temps de me regarder. Il semblait surpris. Pas étonnant, la plupart des femmes de cette île étaient plutôt des cocottes, et n'avait pas pour habitude de se promener seule la nuit près du port. Je coupa le silence qui s'appraitait à sortir de sa bouche.

- Excusez-moi, je ne regardais pas où j'allais.

- Non, heu...enfin, ça ne fait rien. Vous allez bien?

- Ce serait plutôt à moi de vous demander cela... Mais ne vous en faites pas, je suis plus résistance que j'en ai l'air! Haha!

L'atmosphère se détendit un peu. Je remarqua qu'il était presque aussi jeune que moi.
On commença a discuter tout en marchant au bord de l'eau. A croire qu'il s'ennuyait...ou que, comme moi, il aimait marcher et rencontrer des nouveaux visages.
Sebastian me raconta qu'il était né sur cette île, fils d'un ouvrier du port. Il avait, en effet, un an de plus que moi, et se languissait de cette île. Nous avions le point commun du gout de l'aventure en piraterie.


- Et toi, d'où tu viens?

- De l'océan. Mon capitaine a décidé de faire une halte ici pour satisfaire tout l'équipage, il y avait si longtemps.

- Ton capitaine? Quel navire? Je l'ai peut être déjà réparé avec mon père...

- Le Léviathan.

Il s'arrêta et me fixa du regard.

- Le Léviathan? Tu fais partie de l'équipage d'Anubis Thorgana?!

- Et oui. Je sais, un petit bout de femme comme moi , timonière d'un grand navire pirate reconnu, c'est pas la soupe la plus facile à boire...

- En effet : comme TOI. D'après sa réputation, c'est un homme lugubre, sombre, associable... Et toi, pleine de vie, drôle et charmante, tu fais partie de son équipage?

Bien qu'il était vrai qu'Anubis était parfois -souvent- comme ça, j'avais un petit pincement au coeur d'entendre une description de lui si péjorative.

- Oh, il n'est pas que mauvais. Il souffre beaucoup, ça cause souvent ce genre de caractère... Et puis il sait vivre, aussi. On est bien venu ici... Je pense qu'au contraire, il aime bien voir un équipage jouissif, énergique, amical...même s'il se joint jamais à nos amusements...

A ces mots, je me mis à imaginer Anubis joyeux, riant avec nous, criant, dansant, le sourire grand et beau. Comme cette vision était belle, et comme j'aurais aimé quelle soit réelle...
Seb' me ramena à la surface de mes petits rêves.


- Mouai... Personellement, il ne m'inspire pas beaucoup confiance. Mais il doit avoir l'oeil...

- Pourquoi ça?

- Il t'a dans son équipage.

Il me dit cela avec un charmant sourire et un tendre regard. Jolie manière de tourner un compliment...

- Huhu, c'est gentil...

On poursuivit notre marche jusqu'à arriver à la zone de réparation où le Léviathan se situait.
Sebastian sortit une montre à gousset.


- Quatre heures et quart, déjà?

On avait marché si longtemps? Il faut croire que oui... Je décida de retourner avec les autres -dont la moitié devaient sans doute être ivres et le tiers endormi-. Il m'accompagna.
Là-bas, il y avait effectivement un grand nombre d'endormis, d'ivres, de somnolents. Le reste parlait entre eux. La fête était bien finie.
Karl, encore conscient, m'aperçu.


- Hey, Lyina! Où étais-tu donc?

- Ha, désolée Karl, un besoin de marcher. J'ai d'ailleurs péché un joli poisson!

Je pris Sebastian, bras dessus bras dessous et l'amena à la table, aussi enjouée et taquine qu'à mon habitude.
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Anubis Thorgana
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MessageSujet: Re: Nhom Lutt Pan, la forteresse pirate   Sam 19 Mai - 15:00

La fête battait son plein sous l'enseigne du Crocodile Embroché. Les danses, les beuveries, les histoires s'enchainaient suivant une mécanique très bien huilé, la plus naturelle du monde. Certains marins étaient sortis satisfaire quelques besoins impétueux en compagnie des filles de joie de la ville, lesquelles étaient réputées dans le monde des pirates... On nota d'ailleurs l'absence soudaine de Philéas et de John, ce qui donna lieu à de fines plaisanteries sur le sérieux des supérieurs, sous l’œil amusé de Lestatt qui veillait sur l'équipage, un verre d'on-ne-savait-quoi à la main. Anubis, quant à lui, n'avait pas bougé de sa chaise. Confortablement installé tout au fond du bar, il discutait tranquillement avec son ami Izmenius Zantas, en sirotant son cocktail préféré ― rhum, jus d'ananas, lait de coco, gingembre, poivre et sirop de piment des îles, soit un cocktail explosif ― sans s'en trouver incommodé. Les deux hommes avaient eu une longue discussion au sujet de la guerre imminente, au cours de laquelle Izmenius exposa au Contre-amiral de la Mort tous les détails de la situation.

Ils parlèrent ainsi très longtemps. Izmenius était un fureteur, un homme que n'importe quelle police ou n'importe quel gangster voudrait avoir avec lui, tant il savait de choses. Mais lui était un solitaire qui menait sa petite vie tranquille, à l'ombre du monde. Seuls ses amis comptaient, et Anubis était l'un de ses meilleurs. Les deux hommes avaient grandi sur la même île, Esthalion, et se sont connu très jeunes. Izmenius était le fils du bibliothécaire de l'île, ce qui expliquait son insatiable désir de connaissance. Les deux garçons s'étaient rencontrés lors d'une soirée mondaine, comme en organisaient souvent les parents d'Anubis, et s'étaient immédiatement liés d'amitié. Ils avaient joué ensemble, puis s'étaient soutenus en grandissant. Izmenius notamment avait beaucoup aidé Anubis lorsque sa maladie s'était déclaré. Et aujourd'hui encore, les deux compères étaient liés par une amitié indéfectible.

Izmenius s'était retrouvé livré à lui-même lorsque son père mourut d'une crise cardiaque. Anubis et lui avaient alors dix-sept ans, et Anubis venait de se fiancer. Ne voulant pas reprendre la bibliothèque de sa famille, il en préleva tous les livres les plus précieux, fit don du reste à la municipalité de l'île et décida de partir voyager à travers le monde. Anubis et lui restèrent en contact par la suite, y compris lorsqu'il fut envoyé en prison. Mais ils durent attendre six ans avant de se retrouver, ici même, à Nhom Lutt Pan. Entre temps, Izmenius avait connu de nombreuses aventures, dont certaines l'avaient couvert de cicatrices, et l'une d'entre elles lui avait même couté son œil gauche. Il avait aussi monté un vaste réseau d'informateurs chez qui il pouvait glaner toutes sortes d'informations. Il mettait fréquemment ses informateurs à disposition d'Anubis lorsque celui-ci en avait besoin. Enfin, il passait son temps à voyager, à chercher des objets ou des livres rares, et bien d'autres choses encore. Son bateau, le Lécanomante, était un voilier sur lequel on avait monté un moteur à vapeur et des roues à aubes, suffisamment petit pour être manœuvré par une seule personne ― Izmenius lui-même, qui voyageait seul ― et de ce fait extrêmement discret, tout en étant rapide.

Les heures passèrent, et les deux hommes ne se lassaient pas de discuter. Soudainement, Anubis vit du coin de l'oeil Lyina sortir, pour aller prendre l'air sans doute. Cela lui rappela l'endroit où ils étaient et ce qu'ils y faisaient. Il tira de sa poche une belle montre à gousset qu'il fixa d'un air désabusé.

― Deux heures six, bougonna-t-il. Le temps passe vite.
― À qui le dis-tu, répondit Izmenius qui venait de lui raconter une de ses aventures, qui avait eu lieu huit ans auparavant. Tu es fatigué, peut-être ? Je dois avouer que je me sens un peu patraque, moi aussi. Puis-je t'inviter à dormir chez moi cette nuit ? Ma cabane est vieille mais confortable, et il y a toujours un lit pour toi, comme tu le sais.
― Avec plaisir, dit Anubis en souriant. Les autres n'ont pas besoin de moi ici. Mais tout d'abord, un dernier verre.
― Patron ! La même chose !
Ils sortirent du Crocodile Embroché sur les coups de trois heures, le dernier verre ayant fait quelques petits, et entreprirent de grimper le long d'un chemin en pente qui, via quatre échelles, douze escaliers, une corde tendue de deux mètres de long et un passage secret, conduisait à la cabane d'Izmenius ; cabane qui s'avérait en réalité être une maison d'une taille plutôt honorable, mais construite de manière un peu improbable. En chemin, Anubis aperçu deux ombres sur le port. Un homme et une femme. Pouvait-il s'agir de ?... Non, il y a plein de gens à Nhom Lutt Pan... Et de toute façon, il faisait trop sombre pour voir quoi que ce soit. Anubis chassa rapidement cette idée de sa tête, se reconcentrant pour répondre à son ami qui lui demandait ce qu'il comptait faire après son escale.

― J'ai passé un petit accord avec un homme nommé Magnus Flavion. En échange d'armes et de matériel, il m'a demandé d'aller lui récupérer quelques papiers pour lui sur l'île de Voldo...
― Flavion ? J'ai déjà entendu parler de ce type... 'Paraîtrait qu'il a été arrêté par la police d'Haldaran à Shaïkos...
― Arrêté ? Pour quel motif ?
― Aucune idée, mais ça à l'air louche, si tu veux mon avis. Et on m'a parlé de Voldo. On dit que l'île est dangereuse et bien gardée... Tu es toujours décidé ?
― Oui, déclara Anubis. J'y parviendrais d'une manière ou d'une autre, dussé-je raser l'île entière.
― C'est tout toi, ça, s'exclama Izmenius en riant. Eh bien, le Lécanomante et moi-même tacherons de t'aider dans la mesure du possible, petit sacripant, va !
― C'est gentil de ta part.
Ils finirent par arriver à la cabane d'Izmenius. Ils entrèrent et Anubis découvrit un spectacle qui lui était curieusement familier : la pièce à vivre de son ami était noyée sous des monceaux de livres, de cartes et d'objets en tous genres, ensevelissant bureau, tables, chaises et lits.

― Il va falloir te faire de la place, commenta Izmenius en ramassant une pile de grimoires sur un lit.
― Cela me fait penser, dit Anubis, que j'ai un journal de bord à te montrer. Je l'ai trouvé sur un bateau d'un modèle quasi-inconnu qui dérivait pas loin du Rocher.
― Ah, fit Izmenius ? 'Faudra que je voie ça...
Il s'éloigna avec sa pile de bouquins dans la pièce d'à côté, et invita Anubis à s'asseoir là où il venait de faire un peu de place. Anubis s'exécuta, attrapa un livre au hasard et en feuilleta les pages. Il s'agissait d'un ouvrage de botanique d'aspect ancien.

― Tu ne crains pas les pillages, lorsque tu t'absentes, demanda Anubis ?
― Un peu, si, répondit Izmenius. Mais j'ai des amis tout autour, qui surveillent quand je pars. Ils ont déjà tué des types comme ça, des salauds qui voulait me piquer des trucs. Donc je suis tranquille, j'ai toute confiance en eux... Oh, j'y pense, ajouta-t-il après un court silence, j'ai quelque chose à te montrer, moi aussi. Suis-moi dans l'atelier !
Il entraîna Anubis à sa suite dans une pièce en contre-bas d'un escalier sur le côté de la maison. La salle où ils se retrouvèrent était plutôt grande, tapissée d'outils sur les murs et de copeaux de bois sur le sol. Izmenius désigna un gros objet au fond. Anubis s'approcha : il s'agissait d'un orgue en bois de chêne, aux touches d'ivoire et aux tuyaux en cuivre doré et ciselé, d'aspect presque neuf.

― Tu le reconnais, demanda Izmenius ?
― C'est incroyable, murmura Anubis...
― Tu ne rêves pas, reprit son ami. Il s'agit bien de l'orgue qui se trouvait dans la troisième salle de réception du manoir de la famille Thorgana. Celui sur lequel tu as appris à jouer.
― Mais comment ...?
― Je suis revenu à Esthalion peu après que tu sois passé piller et détruire la résidence de tes parents, expliqua Izmenius. J'ai farfouillé dans les décombres encore fumants du manoir et je l'ai trouvé par hasard. Il était dans un triste état, sans être condamné pour autant. Je l'ai subtilisé tant bien que mal... Qu'est-ce que c'était lourd !
Anubis sourit mais ne dit rien. Il aimait cet instrument. Combien de fois s'était-il enfermé dans la salle de réception pour en jouer dans ses heures de tristesse ? Les souvenirs lui remontaient doucement.

― Je l'ai ensuite ramené ici, poursuivit Izmenius, et je l'ai entièrement retapé. J'y ai mis pas mal de temps, mais ça en valait la peine. Je ne suis pas un grand musicien, moi ; et je me disais que tu pouvais bien avoir une pièce dans ton Léviathan pour l'y mettre...
Anubis se tourna vers son ami, l'air surpris et ravi à la fois:

― Vraiment ? Tu me le donnes ?
― Il est à toi, acquiesça Izmenius. Tu en auras plus l'usage que moi, et c'est pour toi que je l'ai réparé. Considère-le comme un gage de mon amitié. Et après tout, depuis ton pillage, on pourrait considérer que tu as toujours été son propriétaire, et que tu l'as juste oublié...
Les deux hommes s'étreignirent longuement, avant de remonter dans la pièce à vivre.

― Merci, mon ami, dit Anubis. Comment te remercier ?
― En trouvant ton bonheur, mon cher, répondit Izmenius.
Les hommes finirent par aller se coucher, le lit d'amis d'Izmenius ayant été débarrassé de tout le bazar qui l'encombrait pour laisser place à Anubis ; et les deux hommes s'endormirent, heureux de s'être à nouveau retrouvés.
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Anubis Thorgana
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MessageSujet: Re: Nhom Lutt Pan, la forteresse pirate   Jeu 12 Juil - 12:12

Anubis dormit peu cette nuit-là. Ses nerfs, excités par les retrouvailles avec son vieux camarade, et par les interrogations permanentes que, malgré le fêtes et les boissons, il continuait de retourner au fond de sa tête ― autant que dans son cœur ―, avaient eu raison de son sommeil. Aussi se leva-t-il aux aurores, dans les environs de sept heures, ce qui nous laissait le loisir de calculer qu'il n'avait usé que de trois heures de sommeil. Izmenius se réveilla alors qu'il sortait de la pièce, mais, davantage enclin à une longue grasse matinée, retourna immédiatement achever sa nuit, certain que son ami n'avait pas besoin de lui. Anubis fit un brin de toilette, et entreprit de se raser, mais il s'entailla la joue gauche lorsqu'une violente quinte de toux le secoua brusquement en pleine action. Après quoi il farfouilla dans ce qui devait s'apparenter à la cuisine de la maison d'Izmenius, dénicha un morceau de pain, du beurre et du thé, et se fit un rapide petit déjeuner, tout jetant un œil curieux à un des innombrables livres de son ami, dont le titre était "De l'ésotérisme des crabes".

Il devait être huit heures moins le quart lorsqu'il quitta la maisonnée endormie et entreprit de descendre le chemin en direction du Crocodile Embroché. Le spectacle qui s'y jouait était d'ailleurs d'une autre nature : la fête était terminée, et les marins qui s'étaient vu incapables de monter les escaliers pour se trouver une chambre à l'étage s'étaient endormis sur place, allongés sur ou sous les tables, certains grossièrement entassés les uns sur les autres, au milieu des bouteilles vides, des bouts de nourriture qui traînaient par hasard et des chiens du voisinage qui venaient récupérer les restes. Le sommeil régnait encore en maître sur cette contrée embrumée de fumées de cigarette et de vapeurs d'alcool, à l'exception notable du patron de l'établissement, qui tentait tant bien que mal de passer son balai entre les corps endormis, après avoir ouvert les fenêtres en grand pour aérer un peu. Ce fut le moment que choisit Anubis pour débarquer comme à l'improviste, accompagnant son entrée d'un mélodieux et tonitruant :

― Allez, debout, bande de moules !!
L'effet produit s'étendit sur plusieurs degrés : les plus jeunes recrues bondirent en sursaut, et se hâtèrent de se préparer, en dépit de la fatigue explicitement imprimée sur leur visage ― en plus de noms de distilleries, à l'origine gravées sur les bouteilles qui leur avait servi de coussins ―, tandis que les plus anciens émergèrent avec plus de douceur, prenant leur temps pour se lever et s'étirer. Philéas, le nez bien rouge, alla même jusqu'à marmonner quelque chose qui ressemblait à "Encore cinq minutes, patron, s'il-vous-plaît...", ce qui ne manqua pas d'arracher un petit sourire à son capitaine. Ce dernier s'assit dans un coin pour attendre que tout le monde se réveille, et ordonna à ceux qui étaient déjà prêts de monter réveiller les autres et d'aider le tavernier à nettoyer le désordre qu'ils avaient répandu.

― Où est passé John ? demanda Anubis à Philéas, qui avait fini par se lever après un bon quart d'heure d'efforts surhumains.
― Euh... Il est resté avec les filles de joie, répondit celui-ci...
Anubis lui lança un regard malicieux, mais ne dit rien.

― Ah, c'était quelque chose, poursuivit Philéas ! Elles étaient si douces, si belles, si fraîches... Vous auriez dû venir avec nous, Monsieur, vraiment !
― Tu sais bien que ce n'est pas mon genre, répondit Anubis dans un faible éclat de rire, tout en regardant à droite et à gauche pour voir si tout le monde était bien là.
― Je continue de penser que vous ne savez pas ce que vous manquez, Monsieur...
― Tu penses ce que tu veux, mon cher Philéas, conclut Anubis en se levant de sa chaise.
À présent, tout son équipage était levé, et le ménage dans le bar avait été bien fait, si bien que le tavernier avait décidé d'offrir une tournée générale... de café. Ainsi, le Contre-amiral de la Mort donna ses instructions tandis que tous sirotaient leur petite tasse de breuvage noir, qu'Anubis, soit-dit en passant, n'aimait pas beaucoup.

― Écoutez-moi bien, les enfants, car je ne le répèterais pas, commença-t-il. Je vais me rendre au chantier naval avec le capitaine Iraxter ainsi que le quartier-maître Sorg. Pendant ce temps, je veux que vous répandiez partout en ville la nouvelle que nous recrutons de nouveaux marins ici-même, à partir de dix-sept heures. Je compte sur vous pour motiver des recrues. Ah, et tant que j'y songe, retrouvez-moi le quartier-maître Lengeister, où qu'il soit, quitte à l'arracher des griffes d'une vouivre géante ou, plus probablement, d'une vahiné aguicheuse...
― Et j'ai besoin de quelques bras pour transporter un petit objet de chez moi jusque dans votre bateau, intervint Izmenius qui avait soudainement surgi dans l'encadrement de la porte du Crocodile Embroché.
Ce fut ainsi que l'équipage d'Anubis partit se déverser un peu partout dans Nhom Lutt Pan, tandis que leur chef, accompagné par Lestatt et Philéas, descendait le chemin sinueux qui menait aux docks de la ville. Trois marins vigoureux avaient quant à eux suivi Izmenius jusque chez lui. "Les pauvres, ils ignorent ce qui les attend", se dit Anubis qui imaginait la tête que feraient ses hommes en découvrant que le petit objet qu'ils devaient transporter était en fait un orgue lourd et très encombrant. Il se demanda d'ailleurs comment ils allaient pouvoir passer les passages labyrinthiques et étroits qui reliaient la maison d'Izmenius au chantier naval...

Le Contre-amiral y fut accueilli par le maître-charpentier Harold Palhumberg et son dialecte lourd et bancal :

― Que voici donc monsieur Thorgana ! Bien le bonjour. Dois-je supposer que vous venez constater les avancements de l'ouvrage que nous effectuons sur votre couple de bateaux ?
― En effet, répondit Anubis qui en avait déjà mal à la tête. Où en êtes-vous ?
― Nous sommes arrivés au terme des révisions nécessaires à la tenue de l'Hydre de Lerne, Monsieur. Quant à votre Léviathan, je prévois être en mesure de vous le restituer en l'état exigé dans les débuts de la soirée à venir.
― Excellent, fit Anubis en se tournant vers ses deux compagnons. Nous pourrons donc partir dès ce soir.
― En effet, acquiesça Lestatt. Nous lèverons l'ancre dès que les nouvelles recrues seront prêtes. Ceci ne devrait pas prendre trop de temps...
Ils furent interrompus par l'arrivée des trois matelots qui transportaient l'orgue en compagnie d'Izmenius. Anubis envoya Philéas les guider jusqu'à une pièce libre du Léviathan où ils pourraient le l'installer, tandis qu'il engageait les discussions avec Palhumberg au sujet du devis et du coût des réparations.


***

Dix-sept heures. Sous l'enseigne du Crocodile Embroché, une petite foule se pressait. Anubis était assis à une table, encadré à sa droite par Lestatt qui surveillait la file des candidats en appelant régulièrement "Au suivant !", et à sa gauche par Philéas qui jouait les secrétaires. Non loin d'eux, John, qui avait été retrouvé au milieu de trois magnifiques créatures ― des triplées, en fait ― qui l'avaient griffé, entaillé, piqué et fouetté avec tout un tas d'objets, pansait honteusement ses plaies d'un air endormi. Pendant ce temps, les hommes venaient un par un à la table d'Anubis, où ils subissaient un court interrogatoire à l'issue duquel ils étaient soit invités à signer le parchemin où Philéas griffonnait ses pattes de mouches, soit reconduits à la sortie. Le cinquième candidat fut un jeune homme chétif, aux cheveux bruns et à l'air timide.

― Votre nom, commença Philéas ?
― Arthur Pencroft, Monsieur.
― Alors dites-moi, monsieur Pencroft, lui demanda Anubis, quels sont vos compétences ?
― Ben... heu... Je suis juriste de formation, répondit celui-ci. Je connais bien la loi... Et je joue de la trompette, aussi.
Anubis écarquilla les yeux et se tourna vers Lestatt. Qu'est-ce que c'était encore que cet énergumène ? Il lui demanda quelles étaient ses motivations pour devenir pirate, ce à quoi le jeune homme répondit que c'était pour faire plaisir à sa mère, qui voulait qu'il ait une expérience de la piraterie. Anubis enfouit son visage dans sa main d'un air dépité. Pourquoi fallait-il toujours que cela tombe sur lui ? Au moment où il s'apprêtait à l'envoyer promener, Philéas lui glissa à l'oreille :

― Attendez, Monsieur. Vous devriez le prendre. Il servira de larbin. Et on le renverra chez sa mère la prochaine fois qu'on viendra ici... Nos hommes râlent de certains petits boulots qu'ils n'aiment pas faire. Lui les fera.
Anubis toussa mais ne dit rien. Il réfléchit quelques secondes, acquiesça d'un signe de tête, puis alla chercher une bouteille de rhum tandis que Philéas adressa à Pencroft ces quelques mots qui le firent sauter de joie : "Signez là !". Le jeune qui s'amena par la suite avait tout de même plus de carrure, et sans doute davantage de compétences.

― Votre nom ?
― Sébastian.
Après un petit entretient au cours duquel Anubis fut rassuré de voir qu'il tenait enfin une recrue digne de ce nom, Sébastian fut invité à signer le parchemin et à rejoindre les autres qui ne tardèrent pas à lui souhaiter la bienvenue. Et les nouvelles recrues continuèrent à défiler ainsi durant deux bonnes heures. Alors que les derniers candidats attendaient leur tour, les autres membres de l'équipage étaient pour la plupart repartis boire un coup, jouer aux cartes ou dormir un peu, ce qui rendait la circulation dans la taverne plus aisée qu'au début. Lestatt appela le dernier candidat. L'homme, la quarantaine bien entamée, la barbe touffue et le regard mauvais, franchit la porte de la taverne, parcourut la pièce du regard et l'arrêta sur la table où Anubis était assis, avant d'effectuer deux pas supplémentaires. Personne dans l'assistance ne faisait vraiment attention à lui, à l'exception d'Anubis, qui examinait vivement l'homme de ses yeux vides. Quelque chose l'intriguait, sans qu'il puisse dire avec précision ce que c'était. L'homme le fixa droit dans les yeux, et sorti sa main droite de sa poche...

― BANG !!!
Toute l'assistance se retourna d'un seul mouvement lorsque le coup de feu retentit. Philéas, le nez dans son parchemin, et Lestatt, le nez dans un verre, sursautèrent en chœur et levèrent simultanément la tête, juste à temps pour voir l'homme barbu s'écrouler sur le sol. Entre eux deux, Anubis, une expression haineuse et terrifiante sur le visage, tenait à bout de bras son pistolet ouvragé, du canon duquel s'élevait une légère fumée grise. Il se leva au milieu du silence pesant qui s'était installé et retourna le cadavre d'un coup de pied, afin de mieux voir le visage de l'homme qu'il venait d'abattre. La lumière dans les yeux de ce dernier s'était éteinte. Une grande tâche rouge s'étendait sur sa chemise blanche autour de son cœur. Lestatt se leva à son tour, bientôt suivi par Philéas et par d'autres marins curieux.

― Mais, fit-il, qu'est-ce que... Pourquoi ?...
Pour toute réponse, Anubis pointa du doigt le petit pistolet automatique que l'homme tenait encore à sa main droite. Il s'accroupit et entreprit de le fouiller. Il tira de sa poche pectorale un bout de papier ensanglanté qu'il déplia. Il s'agissait d'un portrait de lui ― ou plus exactement, du portrait de lui, le seul portrait connu d'Anubis étant la photographie prise à son entrée de prison ― en dessous duquel étaient griffonnés quelques signes incompréhensibles, si ce n'était la fin : "...10 000 PO mort". Il tendit le papier à Lestatt et continua sa fouille. Dans les autres poches, il ne trouva qu'une vielle montre, une bourse pleine de pièces d'argent et un petit couteau.

― Un chasseur de primes, demanda Lestatt ?
― Je ne sais pas, répondit Anubis. Les chasseurs de primes ne prennent pas autant de risques, en général. Ils préfèrent tendre des pièges, plutôt que de foncer tête baissée droit vers leur cible... Je ne pense pas qu'il en fusse un. Tout cela ne me dit rien qui vaille...
― Que crains-tu ?
― Rien de spécial. Mais j'ai l'impression qu'il va se passer quelque chose. Rassemblez vos affaires, cria-t-il à la cantonade. Nous allons nous préparer à partir !
Sans trop se faire prier ― ne voulant pas énerver davantage leur capitaine ―, les membres d'équipage prirent chacun leur sac avant de régler leurs dernières consommations et de sortir du Crocodile Embroché. Pendant ce temps, Philéas déshabillait le cadavre pour inspecter le reste de son corps, sous les yeux du Contre-amiral de la mort, de son second, de quelques-uns de ses lieutenants, et d'un Izmenius étonné qui surgit soudainement derrière l'épaule de son vieil ami. Anubis lui expliqua la situation et lui fit part de ses interrogations. Izmenius prit un air pensif. Il fut cependant dérangé par une intervention de Philéas :

― Regardez, là, sur son omoplate droite.
Il leur désignait un grand tatouage noir, qui représentait un crâne ailé reposant devant deux ancres, et couronné d'un serpent à deux têtes. Il interrogea son assistance du regard afin de savoir si c'était une découverte importante ou pas, mais la seule réponse qui lui parvint fut celle d'Izmenius :

― Il doit vraisemblablement s'agir d'une fantaisie, commenta celui-ci. Bien sûr, une appartenance à un équipage pirate, un gang ou une secte n'est pas à exclure, mais j'en doute. Je n'ai vu un tel tatouage nulle part ailleurs. Je ferai des recherches, mais je ne pense pas qu'elles seront fructueuses... C'était sans doute un pauvre type qui avait besoin d'argent, ou un simple illuminé...
Après avoir fait disparaître le corps et salué le tavernier du Crocodile Embroché, qui leur avait assuré qu'ils étaient toujours les bienvenus, Anubis et ses compagnons descendirent les rues de Nhom Lutt Pan en direction du chantier naval. Sur place, Palhumberg leur annonça que les bateaux étaient prêts à repartir. Le Contre-amiral de la Mort versa à l'homme le montant inscrit sur la facture qu'il lui remit, salua Izmenius qui l'assura que lui et son Lécanomante ne seraient pas loin, puis tous embarquèrent sur l'Hydre de Lerne et le Léviathan, accueillis sur ce dernier par le maître-charpentier de bord, ancien camarade de prison d'Anubis, qui avait passé son séjour au chantier naval à surveiller et diriger les travaux. Les machines crachèrent leur fumée noire, on leva l'ancre rapidement, et la flottille se mit tranquillement en route vers la sortie de la baie de Nhom Lutt Pan, la forteresse pirate. Anubis gravit les escaliers jusqu'au pont supérieur, rejoignant une Lyina resplendissante qui tenait allègrement la barre du Léviathan.

― Bien, mademoiselle Neluira, dit-il, vous connaissez la procédure pour sortir d'ici. Dites au revoir à la ville, et bonjour à l'Océan. Sitôt que nous y serons, nous mettrons le cap vers l'île de Voldo.
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MessageSujet: Re: Nhom Lutt Pan, la forteresse pirate   Jeu 12 Juil - 20:05

Une légère brise souffla sur le port de Nhom Lutt Pan, faisant tourner les girouettes et flotter les étendards sur les tavernes et autres bâtisses en bois du port. La mer était calme et l'activité battait son plein sur les quais du port. Mais au milieu de tout ces mouvements, un seul homme restait immobile.
Debout, au bord d'une avancée en bois et face à la mer, un homme en grand manteau de cuir noir regardait le Leviathan s'éloigner de la côte. Dans l'ombre de son haut de forme se dessinait sur son visage un léger sourire. Tout avait marché comme prévu.

Derrière lui, un homme lui aussi vêtu en noir s'approcha et se plaça à côté de lui, faisant mine de l'ignorer. Tout en regardant la mer et en allumant un vieux cigare de seconde main et dit:

- Monsieur, votre navire est prêt à partir. Restez ici plus longtemps serait risqué.

Son interlocuteur indirect ne répondit pas, il réfléchissait à la suite des évènements. Il est vrai que ses activités au port pirate étaient terminés maintenant qu'Anubis était parti. Cela avait déjà été extrêmement compliqué de le retrouver et il avait failli arriver trop tard dans se port miteux réputé comme "forteresse des pirates".
Voyant qu'il ne répondait pas, l'autre homme changea de sujet, après avoir tiré plusieurs bouffées de son cigare dont l'odeur venait maintenant empester l'air, remplaçant celle de poisson pas frai.

- Ce capitaine est enfin parti, et il ne se doute de rien de ce qui l'attend. Mais j'ai quand même des doutes monsieur. Pendant mes investigations, j'ai eu vent de plusieurs détails sur lui et j'ai vu son navire navire presque légendaire. Ni a t-il pas un risque qu'il réussisse la mission que lui a confié le Président du Consortium ?

Il ne répondit rien une fois de plus, repensant quelque seconde à ce qu'il venait d'entendre. Le soleil, jusqu'à présent éclatant, fut caché par un nuage. Notre homme en profita pour enlever son haut de forme et laisser respirer son crâne. Cette action révéla sa chevelure rousse et sa queue de cheval qui descendit à mi hauteur de son dos. Des ses yeux vert qui ornaient son beau visage, il scrutait l'horizon, regardant le Leviathan sortir de son champ de vision.

- Non Clindus, ce cher capitaine n'atteindra même jamais l'île de Voldo.
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Le Clavier

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MessageSujet: Re: Nhom Lutt Pan, la forteresse pirate   Sam 29 Sep - 16:31

Cela faisait quelques jours qu'ils voguaient sans danger...Mais Anubis avait mangé a Nohm Lutt Pan quelquechose qui ne lui avait pas réussi...et il avait fini par confier la direction du navire a Lyina Neyrula jusqu'à ce qu'il se rétablisse.

Il faisait nuit. Sombre nuit.


Les nuages cachaient la lune

A la barre, Lyina avait renoncée a guider le vaisseau dans cette purée de pois, et les ancres avaient été abaissées.

Descendant vers sa cabine, elle vit Sébastian complétement ivre et a priori déprimé...d'une manière générale, l’ambiance du moment était assez morose, mais c'était le seul a être allongé au milieu de la coursive, marmonnant quelques inintelligibles mots
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Lyina Neluira
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MessageSujet: Re: Nhom Lutt Pan, la forteresse pirate   Sam 29 Sep - 20:14

[Mon nom, hé! èwé]


Retrouver les eaux et leurs caprices me plaisait, même s'il pour cela il fallait quitter Nohm Lutt Pan.
Tout en manœuvrant le navire pour sortir de l'île, je me demandais ce qu'on trouverai sur cette île Voldo qui était notre nouvelle destination. Je ne posa aucune question, bien entendu, par habitude de les garder pour moi.

Les jours passèrent, semblables à chaque jours de voyage sur l'océan, excepté un, où notre cher Capitaine, dont tout laissait croire qu'il était invincible sans tenir compte de sa maladie, tomba bien bas à cause d'une indigestion. Nous fûmes beaucoup de membres d'équipage à en ricaner, mais il ne le prit pas trop mal, sa seule punition fût de me confier la charge du navire e temps qu'il aille mieux. Petite vengeance ou sauvegarde de la réserve de nourriture, je n'en savais rien, mais j'acceptais la tâche sans rechignage. Je pouvais me passer d'une soirée amusée, de plus que je souhaitais un rétablissement rapide du Capitaine. Il était certes fréquent de le voir mal en point, mais rares étaient les fois où c'était pour une autre raison... Et je connaissais les horreurs d'une indigestion, ce qui me donnais assez de compassion.

La soirée se passa normalement, je jouais de mon statut de remplacente, pour le plus grand plaisir des hommes de l'équipage, aimant retrouver mon autorité et comportement peu (pas) féminin. A chaque directive que je beuglais tel un gros ivrogne, ils criaient de rires et de joie avant de s'exécuter, même si l'ordre était de danser dans les escaliers.
On profitait d'une bonne ambiance, ce qui était toujours aussi jouissif.


Les heures passèrent, le dîner suivit, et la nuit tomba. La lumière de la lune était dissimulée par des nuages épais, ce qui m'obligea à stopper là notre chemin jusqu'aux premières lueurs de jour.
Étant fatiguée, je verrouilla la barre et descendit les escaliers pour rejoindre ma cabine. Soudain, j’aperçus au milieu de la coursive mon ami des nouvelles recrues, Sebastian. Il semblait saoul, comme un peu tout les membres de l'équipage à cette heures-ci de la nuit. Je m'approcha. Il balbutiait des mots, syllabes, sons... D'humeur taquine malgré ma fatigue, je saisi une cruche de lait de chèvre non loin et la lui déversa sur son visage. Il manqua de s'étouffer puis leva les yeux et me reconnu.


- Mais...! Qu'est-c'qui t'prend...?! me lança-t-il d'une voix peu sûre d'être compréhensible et sentant le rhum.

- Oh, c'était pour voir si tu étais toujours vivant...! lui répondis-je d'un ton de petite fille innocente de six ans.
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Anubis Thorgana
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MessageSujet: Re: Nhom Lutt Pan, la forteresse pirate   Lun 5 Nov - 18:14

― Ce n'était pas une simple indigestion.
La nuit était déjà bien entamée, et seule la timide et vacillante flamme rouge d'une bougie éclairait l'ombre épaisse de la cabine d'Anubis. Ce dernier était assis sur son lit, torse nu, et toisait d'un air absent le Doc' qui, non loin de lui, rangeait ses ustensiles de médecin dans son petit sac en cuir noir. Le Doc' affichait un visage mi-sévère, mi-inquiet. Lorsque Anubis avait commencé à se plaindre de maux de ventre aigus, il s'était retiré en annonçant qu'il avait probablement une indigestion, ce qui n'avait pas manqué de faire rire les membres de l'équipage. Mais il ne le prit pas mal, il préférait qu'ils en rissent plutôt qu'ils s'en inquiétassent. Pourtant, il savait bien ce qu'il en était. Il ne répondit pas au Doc'.

― Ta maladie a rendu tous tes organes plus fragiles, reprit celui-ci, et pas seulement tes poumons, et tu le sais aussi bien que moi. Je n'ai d'ailleurs pas besoin de t'expliquer d'où viennent tes douleurs stomacales...
Anubis grommela quelque chose d'incompréhensible. Fronçant les sourcils et prenant un air plus autoritaire et plus sévère, le Doc' agita devant les yeux de son capitaine un bocal rempli d'une substance liquide poisseuse et rouge sombre.

― Regarde ça, poursuivit-il, tu vomis du sang !... Tes espèces de cocktails aux épices, que tu as consommé par litres à Nhom Lutt Pan, ils attaquent la paroi interne de ton estomac ! Ils la brûlent, ils la dissolvent ! Tu finiras par y rester !...
Voyant que son interlocuteur ne faisait preuve que d'une très vague réaction, son visage prit un air inquiet et son ton se radoucit.

― Sois raisonnable, Anubis... Malgré ta force de résistance, tu demeures relativement fragile... À mettre ainsi ton corps à l'épreuve, il finira par t'abandonner... Tu n'as pas à avoir ce type de comportement auto-destructeur. Il y a un équipage tout entier qui croit en toi, qui a besoin de toi.
― Je sais bien, répondit finalement Anubis... Mais je n'ai pas voulu me mettre à l'épreuve. J'ai bien sûr toujours ce besoin incessant de me sentir vivant... De sentir que j'existe... Mais ce n'est pas ça qui m'a fait boire. J'ai bu parce que j'aime ce cocktail, et que j'en avais envie.
― C'est ce que tu penses, mais ton inconscient est peut-être plus présent que tu ne le crois. Tes pulsions destructrices et suicidaires sont bien réelles, et elles se manifestent souvent à ton insu. Moi qui te connait bien, je perçois quelque fois ces pulsions au quotidien... Tu es tourmenté, cela se sent, et tu auras beau lutter de toutes tes forces pour aller de l'avant, ce que tu fais déjà, ton âme est épuisée. Il te faut trouver un peu de paix intérieure...
― Elle n'est pas aisée à trouver, cette paix... Et puis, à être trop reposé, l'esprit devient amorphe, stérile... La guerre interne est plus puissante, plus créatrice...
― Je ne connais que trop bien ton point de vue, Anubis ; néanmoins, je te jure qu'un petit peu de repos te fera du bien. Et tu en trouveras, du bonheur, sois-en convaincu... Ne désespère pas, il faut y croire ! N'es-tu pas heureux, à bord du Léviathan ?
Anubis eut un rictus qui s'apparentait ― par alliance, au douzième degré au moins ― à un rire joyeux. Le Doc' put distinguer un éclaircissement sur ce visage dissimulé par de long cheveux d'un noir de jais.

― Oh si, Doc', je suis très heureux ici, plus que nulle part ailleurs. J'ai un équipage dont je peux être fier, et deux bateaux qui fendent l'Océan vers l'inconnu et l'aventure... Que pourrais-je demander de plus ?...
― Je sais très bien ce que tu demandes en plus, répondit le Doc' en souriant. Mais songe que ce n'est qu'un détail dans ton large chemin. Et je préfère t'entendre dire des choses comme ça !
Se levant de la chaise qu'il occupait, il se saisit de son sac, déposa plusieurs fioles sur le bureau et se dirigea vers la porte.

― Je te laisse ici des potions pour réparer ta paroi stomacale et faire cesser saignements et douleurs... Prends-en régulièrement, disons quatre ou cinq fois par jour, et reste au calme dans ta cabine quelques jours. Sois sûr de te sentir vraiment mieux avant de sortir. Je repasserai te voir, de toute façon. Et sois tranquille, l'équipage se gère très bien tout seul.
― Je ne m'inquiète pas pour ça, dit malicieusement Anubis. Ah, j'oubliais, ajouta-t-il alors que le Doc' commençait à franchir la porte, sois gentil de ne dire à personne de quoi je souffre réellement... Laisse-les penser que je n'ai qu'une indigestion, je ne veux pas qu'ils s'inquiètent...
― Tu peux compter sur moi, Capitaine.
Puis il sortit de la pièce et referma la porte, laissant Anubis seul dans sa cabine silencieuse... Jusqu'à ce qu'une nouvelle quinte de toux le fit s'écrouler allongé sur son lit. Mais il n'avait pas sommeil. Se relevant à moitié, il attrapa le livre qui reposait sur sa table de chevet et souffla doucement la fine poussière qui s'était accumulée sur la couverture. Les lettres dorées brillèrent à la lumière de la bougie. "Journal de bord de Marek Zulphyrius"...
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Lyina Neluira
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MessageSujet: Re: Nhom Lutt Pan, la forteresse pirate   Jeu 13 Déc - 17:09

Sebastian me lança d'abord un court regard haineux, puis se mit à ricaner tout en tentant de se remettre sur ses deux pieds. Son entreprise devint vite ridiculement difficile à cause de l'alcool, si bien que je dus l'aider de mon bras tendu. Il se posa contre un tonneau, sentant qu'il ne tiendrait jamais debout sans un appui. Je déposas la cruche sur le couvercle, puis il s'essaya à l'articulation de mots.

- C'est comme ça tous les soirs sur ce rafiot?
- Rafiot...?!
- Navire, d'solé...
- Si tu parles des beuveries, un peu, mais surtout quand le Capitaine nous en laisse la liberté...
- Et il est souvent retranché dans sa cabine ou c'est juste son indigestion?
- Non, c'est courant... Mais ça ne fait pas de lui un mauvais capitaine! me rattrapai-je à la vue de son visage.
- Moué... C'est une feignasse quoi...
- Non! Il a juste besoin....de beaucoup de repos...

La gêne me pris. En temps normal, tout l'équipage laissait un temps avant de commencer à sous-entendre au nouvelles recrues les problèmes de santé inconnus et soupçonnés d'Anubis. Dans mon cas, je dus même les déduire sur un mois, pour finalement avoir la confirmation des autres, bien qu'aucun n'étaient sûrs de rien.

- Bah s'il doit passer son temps à pioncer, pourquoi qu'il est pirate..?!

Énervée contre lui et moi-même, je commença a me rediriger vers ma cabine.

-Où tu vas...?!
-Tu es désagréable quand tu es ivre, dessaoule-toi et je reparlerai au Sebastian avec qui j'ai fais connaissance à Nhom Lutt Pan. Bonne nuit.

Je l'entendis bougonner et partir dans le sens opposé. J'avais beau passé ma vie avec un équipage, j'étais toujours stupéfaite de voir les changements de personnalité que l'alcool pouvait causer. Cela dit, mon ami semblait ne pas du tout tenir à ce genre de breuvages, et connaissant mes collègues, il a du subir leurs jeux, ou bizutage, consistants à voir la limite buvable des nouveaux membres. C'était bien un des peu de jeux auxquels je ne prenais jamais part.
Mes pas vers ma petite cabine me firent passer devant la grande de notre Capitaine. Je fis une pause, hésitant à toquer pour lui demander si son indigestion s'était apaisée.


- ...Mais qu'est-ce qu'il te prend ma pauvre! Depuis quand tu vas le déranger pour savoir s'il va bien...

Après m'être parlé à moi-même, je repris la direction de mon lit afin de m'y reposer pour être prête à prendre la barre dès l'aurore.




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