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 Le Rocher

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Anubis Thorgana
Contre-Amiral de la Mort

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Messages : 85
Date d'inscription : 21/05/2011

MessageSujet: Le Rocher   Lun 13 Juin - 17:19

Le Rocher.


Il y avait des années de cela, Anubis y avait dissimulé le trésor volé à ses parents. Aujourd'hui, cette île était son repaire. Elle se présentait à l'horizon comme une gigantesque colonne plongée dans l'Océan ; et lorsqu'on s'en approchait, ce doute était confirmé : l'île entière n'était qu'une ceinture de falaises hautes de plusieurs dizaines de mètres de haut. Seule une cavité, dissimulée au milieu de la multitude de rochers qui entourait cette île, venait percer cette vaste muraille naturelle. La cavité en question formait un tunnel marin large d'une bonne quarantaine de mètres, qui aboutissait sur une crique au cœur de l'île. En effet, vu du ciel cette île paraissait former une sorte d'amphithéâtre rocheux et inégal, avec au centre un bassin relativement profond, à côté duquel ce sont peu à peu agglomérées des bâtisses en bois et en roche. Car il s'agissait d'un repaire de pirates : ce bassin naturel s'était au fil du temps bordée de grands quais en bois, auxquels étaient aujourd'hui solidement amarrés L'Hydre de Lerne et le Léviathan. Les pirates qui allaient avec les deux bateaux d'Anubis s'étaient pour leur part logés aux abords des quais, dans des maisons construites de toutes pièces ou bien directement creusées dans l'intérieur des falaises. Il y avait ainsi tout une série de tunnels à l'intérieur de l'île, en plus des grottes naturelles, avec des salles aménagées où la bande stockait ses réserves de nourritures, ses munitions et ses trésors...


Dans une pièce à l'intérieur de la falaise, comportant une fenêtre taillée dans la roche et donnant sur l'immensité océanique, Anubis réfléchissait. Il était assis à son bureau de bois, une montagne de papier posée devant lui, une plume pleine d'encre encore à la main, et son regard perdu à travers l'ouverture pratiquée dans le mur. Que faisait-il de sa vie ? Il s'enrichissait considérablement, et il payait bien ses hommes. Il était un pirate craint et respecté, avec le titre honorable de Contre-amiral de la Mort. Mais il se moquait bien de tout cela. Le visage de Ludmilla, son ancienne fiancée, repassa dans ses pensées. L'amitié, l'Amour, à qui ou à quoi pouvait-on se fier ? Tout cela n'avait-il pas aucun sens ? À quoi bon passer sa vie à courir après les bateaux pour les piller de fond en comble ? Les pensées jaillissaient et tournaient dans l'esprit d'Anubis comme des poissons entrainés par un typhon des plus violents. Malgré tout, il savait qu'il était libre. Sur sa table, il avait l'inventaire de tous les trésors qu'il avait amassé. De l'or, des bijoux, des pierres précieuses, mais aussi des meubles, des armes et une quantité phénoménale de livres et de cartes en tous genres. Les livres... Un merveilleux ensemble de savoirs et d'évasions... C'est cela que voulait Anubis : s'évader de son quotidien morne et toujours similaire au jour précédent.


Anubis fut soudain interrompu par un cri au dehors. Tiré de ses rêveries, il se leva et sortit de son bureau en poussant la porte de chêne renforcée qui donnait directement sur l'extérieur. Le grincement de la porte suivi par une quinte de toux rauque avertit rapidement les hommes de la venue de leur chef. Son fidèle second, le capitaine Lestatt Iraxter, vint immédiatement à sa rencontre.

― Que se passe-t-il, ici ? lança-t-il à Lestatt.
― Nos hommes ont repéré un navire au loin. Il a l'air perdu, il zigzague sur les eaux comme une baleine étourdie, et ordinairement il ne passe guère de bateaux dans les parages...
― En effet. Il semble dangereux ?
― Non, c'est un petit bateau qui n'affiche aucune appartenance à un groupe ou un pays quelconque.
― Alors allons voir ça de plus près. Rameute des hommes sur L'Hydre de Lerne. Nous partons intercepter ce bateau.
― À vos ordres.
"Enfin quelque chose de nouveau", se dit Anubis...


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Anubis Thorgana
Contre-Amiral de la Mort

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MessageSujet: Re: Le Rocher   Ven 24 Juin - 9:34

L'Hydre de Lerne filait sur l'eau comme une créature marine à l'affût, fendant les vagues de sa silhouette profilée et gracieuse. Au loin, l'étrange bateau poursuivait indifféremment son mouvement aléatoire, comme s'il avait été abandonné aux caprices de l'Océan. Et en effet, Anubis scrutant le navire à travers sa lunette s'exclama soudain :

― Pas étonnant que ton bateau zigzague, Lestatt, son gouvernail est tout simplement détruit...
― Comment ça, détruit !? s'écria ce dernier.
― Détruit comme disparu de la structure du navire, confirma Anubis. De plus, ses voiles sont toutes déchirées, et il n'a hissé aucun drapeau... Il semble non seulement incapable de communiquer, mais aussi inapte à la navigation...
La communication était pourtant quelque chose de très important dans l'art maritime. Tous les grands bateaux, qu'il s'agisse d'honnêtes marchands ou de pirates sanguinaires, respectaient le code des drapeaux et des pavillons, qui leur permettait d'envoyer aux autres bateaux des messages aussi variés que "à la chasse aux pirates", "maladie contagieuse à bord" ou encore "joyeux anniversaire capitaine"... Et pour les messages moins conventionnels, d'autres méthodes étaient usitées ; on trouvait notamment le sémaphore, l'héliographie, et les oiseaux voyageurs, tous permettant des communications précises et claires. Néanmoins, rien de tous cela n'apparaissait dans la lunette d'Anubis.

― On dirait qu'il n'y a personne sur le pont, ajouta-t-il d'un air dubitatif.
Des manœuvres d'approche s'en suivirent, a l'issue desquelles l'Hydre de Lerne parvint au niveau du bateau silencieux. Dans l'optique de le remorquer, les matelots lancèrent des câbles d'amarrage sur le pont du sinistre navire, dont la coque haute dissimulait aux regards ce qu'il s'y passait. Voyant que personne n'attachait les câbles, Anubis décida d'utiliser quelques grappins d'abordage afin d'aller voir de plus près ce bateau errant. Les grappins étaient tirés à partir de batteries mécaniques, fabriquées artisanalement par les ingénieurs d'Anubis, qui offraient tout de même une précision déconcertante, une puissance de tir suffisante pour pouvoir percer la coque des bateaux légers et une quasi-certitude que le grappin lancé s'accrocherait à sa cible à coup sûr. Et une fois encore, les grappins ne manquèrent pas leur cible, et une partie de l'équipage, Anubis en tête, grimpa sur le navire, dont le nom s'était effacé de la coque. À première vue, tout paraissait ordinaire sur ce bateau : le pont, bien que sale, était plutôt en ordre, quelques bouteilles vides traînaient ça et là, aux côtés de morceaux de voiles déchirés, des canons, d'ailleurs d'un modèle inconnu à l'air ancien... Un craquement se fit entendre : un des hommes venait de voir sa jambe passer à travers le plancher. On le tira de là, et il apparut que le pont était vermoulu par endroits. Anubis recommanda à tous ses hommes la plus grande prudence, et les fit se disperser pour fouiller ce bateau, tandis qu'il tentait avec Lestatt et une poignée d'homme de lui faire jeter l'ancre.

― Ce truc est complètement rouillé ! s'exclama un homme d'équipage.
― Il faut dérouler la chaîne à la main, dit Lestatt.
Au terme d'un pénible effort, l'ancre plongea enfin dans la mer, stabilisant ainsi le bateau. Le groupe s'employa alors à attacher solidement les câbles de remorquage, jusqu'à ce qu'ils fussent interrompus par un cri venant de l'avant du bateau.

― Monsieur, vous devriez venir voir ça !...
Laissant les hommes à l'ouvrage, Anubis rejoignit le matelot qui l'appelait, Lestatt sur ces talons. Le matelot les fit entrer dans la cabine, où ils eurent un choc. Dans le coin de la pièce sombre siégeaient trois squelettes emmitouflés dans des lambeaux de vêtements.

― Et il y en a d'autres dans les autres pièces, ajouta le matelot.
― Nom d'un cachalot, qu'est-ce que c'est que ce foutoir ? s'écria Lestatt.
Anubis ne dit rien. Il se contenta de tousser violemment, comme cela lui arrivait régulièrement. Son regard fut soudain attiré par un livre ouvert sur le bureau. Se saisissant de lui, il constata qu'il s'agissait d'un manuscrit apparemment inachevé, dont il en examina la couverture de cuir. Un titre était écrit en lettres d'or : "Journal de bord de Marek Zulphyrius"....
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Anubis Thorgana
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MessageSujet: Re: Le Rocher   Mar 28 Juin - 15:26

On avait trouvé vingt-sept squelettes au total ; aucun ne présentait la moindre marque qui aurait pu laisser entendre qu'un massacre avait eu lieu sur ce bateau. Certains suggérèrent une maladie infectieuse, ce qui fit sombrement ricaner Anubis, qui leur fit remarquer qu'il était peu probable que ces hommes soit morts de maladie alors qu'on avait retrouvé près d'eux des plats à moitié remplis d'une vieille tambouille moisie ; ceci laissant supposer qu'ils furent tous décimés pendant un repas. Aussi, la cause de leur mort demeurait inconnue. On décida cependant de remorquer le bateau errant pour l'étudier, sa structure présentant des schémas qui ne correspondaient pas aux modèles de bateaux connus, et éventuellement le remettre à neuf afin de l'incorporer à la flotte d'Anubis.

Sur le trajet retour, tandis que Lestatt hurlait les manœuvres à l'ensemble de l'équipage, Anubis étudiait de plus près le "Journal" de Marek Zulphyrius. D'après l'introduction du vieux manuscrit, l'auteur était un grand explorateur de Zhian ainsi que le capitaine du bateau qu'ils avaient trouvé, et la date de début du "Journal" était à peine croyable.

― Messieurs, annonça Anubis à la cantonade, le bateau que nous remorquons a près de deux cent cinquante ans.
Le silence respectueux qui accueillit ces paroles n'empêchait pas une certaine appréhension de transparaître. Les marins ne surent pas comment interpréter cette information. Un bateau vieux de deux cent cinquante ans qui errerait encore sur les mers aujourd'hui ? C'était plutôt de mauvaise augure...

De retour au Rocher, les techniciens et les ingénieurs d'Anubis se mirent au travail autour du vieux bateau, afin d'en déterminer toutes les particularités. Les résultats étaient étonnants : l'intérieur de la coque sous la ligne de flottaison refermait ainsi une machinerie complexe et inconnue, dont l'usage restait encore à déterminer, des gravures étranges ornaient certaines pièces du navire, composant un langage intraduisible, et il semblait qu'il y eût dans le bateau une salle à laquelle aucune ouverture quelconque ne donnait accès. Que de mystères auxquels le "Journal" ne donnait pas de réponses. Dans son bureau, Anubis étudia de plus près le manuscrit. Il s'agissait surtout de relevés de positions, accompagnés de notes et de commentaires sans grand intérêt, hormis le fait qu'ils permettaient de reconstituer avec précision les voyages du bateau. Un passage tout de même retint particulièrement son attention.



Le 17 Juin 2751.

Une terre est enfin en vue. Voici dix jours que nous voguions sur l'Océan sans voir le moindre signe de vie. Nous sommes accueillis sur l'île par un peuple sage, qui nous font découvrir les merveilles de leur cité. De grands bâtiments de pierres leurs servent d'habitations, de temples et de centre de recherche. Les connaissances qu'ils ont accumulées sont fantastiques ; ils se sont eux-mêmes occupés de remettre en état notre navire et de l'améliorer. Mais cela n'est rien en comparaison du secret bien gardé qui les rends si fier : ils prétendaient avoir découvert la panacée, un remède universel capable de soigner toutes les maladies. Est-ce vrai, ou bien s'agit-il d'un mensonge ? Deux choses sont sûres : ils ont su guérir très rapidement un de mes hommes atteints du scorbut, et aucun d'eux ne m'a paru malade. Nous avons pu passer la nuit sur l'île. Malheureusement, lorsque nous avons dû repartir le lendemain, nous n'avons pas pu en apprendre plus. Notre bateau amélioré fonctionne à merveille, nous naviguons très facilement depuis. Dommage que nous n'ayons pu rester plus longtemps. Si Astérion me le permet, je reviendrai un jour sur cette île miraculeuse.

Journal de bord de Marek Zulphyrius
La panacée ? Un remède miraculeux ? Peut-être un moyen de le guérir de sa maladie chronique, qui le faisait tousser et crachoter ? Anubis se leva pour faire part de sa découverte à ses hommes, mais au moment où il s'apprêtait à sortir, il fut soudainement pris d'une violente crise. Il se mit à tousser de plus en plus fort, et il sentit ses muscles se contracter et ses jambes se dérober sous lui. Il tomba, se cogna la tête contre un pied de son bureau et se tordit de douleur sur le sol, étourdi et torturé. Puis il se retourna sur le dos, et son corps commença à convulser de manière incontrôlée. Dans un éclair de lucidité, il parvint tout de même à se saisir d'une seringue attachée à sa ceinture, qu'il se planta dans le bras afin de s'injecter le produit qu'elle contenait. Il eut le souffle coupé pendant quelques secondes, puis il se calma. Sa respiration était saccadée, son corps était encore secoué de spasmes, néanmoins il put se relever au terme d'un effort surhumain, et ouvrit la porte de son bureau donnant sur l'extérieur. Voyant son chef dans un aussi sale état, Lestatt se précipita à sa rencontre juste à temps pour le rattraper dans ses bras alors qu'il s'écroulait.

― Anubis ? Est-ce que ça va ? demanda-t-il.
― P... Prépare nos... nos... bateaux, balbutia ce dernier. Nous p... partons en v... voyage...
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Anubis Thorgana
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MessageSujet: Re: Le Rocher   Jeu 7 Juil - 16:32

Les ordres avaient été criés depuis à peine deux heures, et déjà le quartier-maître Philéas Sorg débarquait dans la chambre d'Anubis, où ce dernier était alité afin de le garder au calme le temps que ses drogues se dissolvent dans ses veines, avec Lestatt à son chevet, et annonça à celui-ci:

― L'Hydre de Lerne attend votre commandement, capitaine Iraxter.
Puis à Anubis :

― Le Léviathan est paré à manœuvrer, Monsieur. Nous n'attendons plus que vous.
― Excellent, répondit Anubis d'une voix encore tremblotante mais ferme. J'arrive tout de suite.
Lestatt partit rapidement rejoindre l'équipage de l'Hydre de Lerne afin de prendre la mer le plus rapidement possible. Anubis renvoya le quartier-maître Sorg veiller aux finitions des préparatifs, puis se leva, remit son grand manteau de toile noire, prit un sac dans lequel il jeta toutes les affaires dont il avait besoin et alla donner ses dernières instructions aux hommes qui restaient sur place pour défendre le Rocher en cas d'attaque éventuelle, ce qui n'était jusque là jamais arrivé tant cette île demeurait secrète. Enfin, il monta sur le pont du Léviathan, fit une rapide inspection pour vérifier que rien ne manquait, vivres, matériel, quelques trésors pour les transactions éventuelles, et lança ses ordres de manœuvre. On largua les amarres du Léviathan, puis ce dernier se mit doucement en mouvement. Ses quatre-vingts mètres n'étaient pas évidents à manœuvrer, mais le moteur à vapeur aidait efficacement dans ce genre d'opérations. Finalement, le majestueux bâtiment du Contre-amiral Anubis Thorgana franchit le tunnel qui formait le seul moyen d'accès à l'intérieur du Rocher et se révéla à la lumière du jour. Peu éloigné, l'Hydre de Lerne attendait patiemment que son grand frère finisse sa sortie. Lorsque tous deux se retrouvèrent finalement à voguer sur l'immensité océanique, ils déplièrent leurs angoissantes voiles noires et se mirent en route. L'Hydre de Lerne fit quelques signes à l'attention de son grand frère, que le quartier-maître Philéas sorg s'empressa de traduire inutilement à Anubis, qui avait bien compris la question :

― Vers où mettons-nous le cap, Monsieur ?
― Cap à l'Est, Philéas, répondit Anubis. Direction les îles méconnues de l'Archipel Oriental.
La contrée mystérieuse de Marek Zulphyrius telle qu'elle était décrite dans le Journal de bord ne livrait aucune indication concernant sa position précise. Cependant, une note à moitié effacée griffonnée dans un coin de la page avait permit à Anubis d'établir que sa longitude la situait très à l'Est par rapport au Rocher. Aussi, il avait décidé de se diriger de ce côté. La route serait extrêmement longue, mais Anubis avait également d'autres projets à mener au cours de ce voyage, dont il n'avait encore fait part à personne. L'information transmise au capitaine Iraxter sur l'autre bateau, la petite flotte d'Anubis s'éloigna alors paisiblement du Rocher vers la direction décidée par le Contre-amiral de la Mort, en chemin vers de nouvelles aventures et un avenir obscur, tandis qu'à l'arrière le Soleil couchant jetait sur eux ses derniers rayons d'or et d'argent...
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Lyina Neluira
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MessageSujet: Re: Le Rocher   Mer 3 Aoû - 14:38

Cela aurait put être une journée assez normale. Nous avions fais escale à notre repère, comme souvent, et comme souvent, je m'étais installée en hauteur après quelques escalades. J'aimais bien cet endroit, c'était comme si la nature avait souhaité que des pirates, ou n'importe quels marins en fuite, se refugie ici, dans cette forteresse de pierre. C'était presque fait exprès...

Comme d'habitude, je voyais notre capitaine, enfin, notre "Contre-amiral de la Mort" -nom que je n'aimais pas lui donner- se terrer dans son bureau. D'après moi, il devait bien s'ennuyer...
Moi je m'amusais, j'observais tout le monde de ma hauteur, c'était agréable. Ca me rapellait cette occupation d'enfant qui était de regarder les fourmis à genou par terre. On les voyais travailler sans s'arrêter, aller d'un point A à un point B en portant quelque chose sur leur dos. Je ressentais ce même plaisir de mon pérchoir. De temps en temps, on m'appellait pour aider à charger/décharger les provisions, mais en tant que femme, ça restait rare. "Pas assez costaud" qu'ils disaient. Je me sentais bien capable de les aider, mais voilà, autant profiter de cette situation pour ne rien faire.

Le calme fut intérrompu par des cris, cris qui alertèrent le capitaine. J'entendais à peu près tout de là où j'étais, apparement il y avait un navire inconnu dans les parages. Un peu d'animation, cela faisait pas de mal. J'étais curieuse de savoir ce que ce bateau faisait là, il était rare d'avoir ce genre d'alerte.
Je descendis à toute allure de mes rochers et sauta dans L'Hydre de Lerne. Ils allaient forcément choisir L'Hydre, elle était plus facile à manier, et pour si peu, ils ne sortiraient pas le monstre des eaux...
Une fois pas mal de monde présent sur le navire, dont le capitaine et son second Lestatt -qui avait lui, le vrai titre de capitaine, mais comme il n'était pas celui du bateau où je restais...-, nous partions pour voir ce bateau de plus près. J'étais pas aux commandes, je ne connaissais pas très bien L'Hydre.
Le trajet fut assez rapide.
Le bateau semblait en très mauvais état, et diriger par personne. Enfait, c'était comme s'il n'y avait personne à bord...
Les grappins lancés, nous pouvions voir sur place. Un des hommes s'enfonça dans le plancher, ce qui me fit penser que ce bateau datait pas mal.
Puis il y eu un cris -un cri de femmelette, si je puis me permettre- venant de l'avant du bateau. Raison de ce cri : présence d'un squelette. Je semblais être la seule excitée à l'idée que ce bateau était peut être hanté...
Tandis que les autres se dispércaient un peu, pour ensuite trouvé d'autre cadavres, moi je dépouillais le premier trouvé. Il avait une bague assez jolie, sale, mais jolie, ainsi qu'une ceinture de cuir qui pourrait très bien me servir un jour. Ma petite affaire terminée, je retournai sur L'Hydre de Lerne.
Même si certains m'avait vu volé ces petites choses, je n'étais pas soucieuse car ils avaient l'habitude à présent. A chaque abordage, je farfouillais pour piocher quelques bricoles, même sur les morts.

Le navire abondonné fut remorqué. Je restais sur le pont, acoudée au bord. Beaucoup discutaient, chuchotaient, concernant la mort de cet équipage. Un empoisonement? Ou bien tout simplement un cuistot plus que médiocre... Je m'en fichais un peu.
Le capitaine annonça tout fort que ce navire errant était vieux de deux cent cinquante ans, ce qui ne rassura pas le monde.
Je me mis à observer le capitaine... Anubis...J'étais incapable de me souvenir de son nom de famille, qui était dit que trop rarement. Il était en train de feuilleté un livre sans doute trouvé sur le bateau fantôme. J'aurais aimé savoir ce que ça racontais de beau, mais un timonier complètement déangé présent depuis qu'une année ne pouvais pas se permettre d'aller lui demander en personne, selon moi. Même si je crois bien être la seule personne de l'équipage a lui avoir cloué son bec en si peu de temps. Ca, je m'en souviendrais toujours.

On arriva de nouveaux au Rocher, où je retournai à mes hauteurs, cette fois munis d'un petit chiffon humide afin de nettoyer un peu la bague retrouvée. Le capitaine s'enferma de nouveau dans son bureau, le livre à la main.
Après un moment, il en ressorti, mais dans un sale état. Enfin, encore pire que d'habitude.
Tout le monde savait qu'il était malade, mais j'ignorais s'ils l'avaient su par annonce avant mon arrivée, ou bien par déduction -ce qui était mon cas-. Lestatt le sauva d'un chute de toute sa hauteur, et lui demanda si tout allait bien. Il lui répondit par des paroles, que j'entendais en me penchant dangereusement au-dessus du vide, qui ne répondaient pas à la question du second, mais qui m'interréssaient. "Nous partons en voyage", voilà les mots que j'appréciais venant de lui!
Je descendis si vite que je tribucha pour m'étaler de toute ma longueur. Il y eu un temps de silence autour de moi, je ne bougeais pas. Juste le temps de me sortir cette honte de mon esprit, et je me releva brusquement, à tel point qu'un des hommes sursauta. Une fois sur pied, je repris ma course à vive allure pour me jetter dans ce que j'appelais ma chambre. Je pris mes affaires habituelles, des trucs par-ci par-là dans mon sac de cuir un peu usé et je sortis presque trionffante, ma longue-vue en place sur ma tête, devant mon oeil. Pendant ce court instant, tout le monde avait reçu l'information de notre départ et s'empressait comme moi de faire leur petits bagages.
Au bout de deux petites heures, tout était prêt.
L'ordre de démarrer fut donné, je me lança dans les manouevres si peu simple. Mais je connaissais bien le Lévianthan, j'avais appris avec lui et je n'avais aucun mal à parcourir le tunnel et à rejoindre l'océan.
Non loin de moi se tenait notre capitaine, qui tenait à nouveau sur ces grandes jambes et le quartier-maître Phileas. Ils ne trouvèrent pas la peine de m'indiquer notre direction, je l'avais entendue.
Et comme à chaque fois, je fis mon petit commentaire sur notre destination.


- L'Archipel oriental...et bien, nous n'allons pas nous ennuyer.

Je tira le bout de ma petite longue-vue, histoire d'avoir un oeil d'avance sur l'horizon qui semblait calme et sans surprise...pour le moment.
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Anubis Thorgana
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MessageSujet: Re: Le Rocher   Jeu 4 Aoû - 11:10

Le Léviathan naviguait depuis deux jours déjà, deux jours sans histoires durant lesquels chacun vaquait tranquillement à ses occupations. Dans le bureau privé d'Anubis à l'arrière du navire, Philéas Sorg attendait. Devant lui, Anubis lui tournait le dos et scrutait l'horizon à travers les vastes vitres de la pièce. Il semblait perdu dans ses pensées, immobile, silencieux, et nul autre que lui ne pouvait savoir ce qui lui traversait l'esprit dans ces moments-là, si bien que le quartier-maître Philéas n'osait pas l'interrompre. Mais c'est Anubis lui-même qui l'avait fait venir, aussi restait-il debout, à attendre la réponse à une question qu'il n'osait formuler tout haut. Car s'il savait que Anubis voyait en lui un ami, Philéas ne pouvait pas s'empêcher d'éprouver à l'égard de son Capitaine un certain respect mêlé de crainte, face à cette figure spectrale, maladive, sombre, et pourtant si déterminée qui caractérisait Anubis.

Une violente quinte de toux secoua soudainement le corps d'Anubis, et comme un écho Philéas se risqua à un toussotement discret, qui parut suffire à tirer le Contre-amiral de ses rêveries :

― Ah, Philéas, fit-il en se retournant, te voici enfin !
― Vous désiriez me voir, monsieur ?
― En effet. Je voulais te poser une question.
― Dites-moi ?
― Comment se porte notre équipage ?
Philéas, surpris par cette question, ne trouva pas quoi répondre. Il demeurait là, l'air décontenancé, tandis qu'Anubis le fixait de ses yeux absents. Il finit par répondre timidement :

― Comment ça, monsieur ? Vous devez le savoir aussi bien que moi, vous vous mêlez fréquemment au reste de l'équipage... Alors pourquoi cette question ?
― Parce que je sais que face au Capitaine, les hommes ont tendance à se montrer polis et respectueux, et dissimulent ainsi d'éventuelles pensées qu'ils préféreraient ne pas voir parvenir à mes oreilles... Non pas que je manque de confiance en mon équipage, au contraire, je ne crains ni la révolte ni la mutinerie, mais je voudrais avoir l'avis d'un ami qui partage au quotidien la vie de mes hommes, qu'il me dise s'ils vont bien, et si leur moral est bon...
― Vous vous occupez bien de votre équipage, monsieur... Néanmoins...
Philéas hésita, mais Anubis l'invita à poursuivre.

― Certains sont inquiets, monsieur, continua Philéas. Il y a des murmures... On ne sait pas où on va, les hommes aimeraient savoir quel est le but de ce voyage... Et même s'ils ont confiance en vous...
― Que crains-tu, Philéas, l'interrompit Anubis ?
― Heu...
Le quartier-maître Philéas était un peu déstabilisé. Anubis avait beau vouloir faire la conversation, il gardait tout de même quelque chose d'effrayant. Sur le bureau du Contre-amiral, l’œil de Philéas fut attiré par un gros grimoire à la couverture noire, avec d'étranges symboles incrustés en lettres d'or. Il préféra ne pas se demander ce qu'un tel livre pouvait raconter. Il se contenta de rejeter son regard en direction d'Anubis, avec un air curieusement perdu.

― Vois-tu, repris Anubis qui voyait bien la détresse de son ami, les hommes de l'équipage savent ce qu'ils me doivent. Toi excepté, la plupart de mes quartier-maîtres étaient avec moi en prison. Ils me sont fidèles car ils savent qu'ils me doivent la liberté, en toute modestie. Et il se chargent de transmettre cette fidélité aux autres. Tous savent également qu'avec moi ils sont devenus riches...
― Et ils reconnaissent votre talent de stratège, ajouta Philéas.
― Trop aimable, répondit Anubis en esquissant un faible sourire. Mais surtout, et c'est ce qui fait que j'ai autant de confiance en eux, ils sentent que je leur ai offert la liberté. Pas la l’affranchissement des lois, car nous autres pirates avons nos propres lois, mais la liberté de voguer en électron libre à travers un monde linéaire, où la richesse écrase éternellement la pauvreté et où le pouvoir de domination se substitue fréquemment à la sympathie pour l'autre... Et la sécurité. Un équipage de pirates comme le mien, c'est avant tout une communauté d'entraide et de partage, la seule qui ai jamais réussi en ce monde. C'est pour ça que je suis devenu pirate, Philéas. Pour échapper à un monde corrompu non pas par l'argent, mais par l'égoïsme.
Philéas ne pipait mot. Les mots d'Anubis résonaient incroyablement profond dans sa tête. Il buvait les paroles de son Capitaine comme un nectar. Anubis conclut :

― Et je veillerai toujours toujours au bien-être de mes hommes.
― Et d'une femme, ajouta Philéas avec malice.
― Certes, répondit Anubis en guise d'excuse. Mais je ne fais pas de souci pour elle. Elle a l'air heureuse.
― Si je puis me permettre, monsieur...
― Dis-moi donc.
― Pourquoi l'avoir inclue dans notre équipage ?
Anubis haussa les épaules :

― Parce qu'elle me l'a demandé.
― ...
― Mais elle est très utile, vois-tu. D'abord, elle est un excellent élément, une timonière douée. Ensuite, elle apporte une touche de joyeuseté qui reste la bienvenue à bord ; et surtout...
― Elle est jolie ? tenta Philéas.
― Bien essayé, Philéas, fit Anubis en éclatant de rire. Mais tu n'as pas tout à fait tort. As-tu remarqué, lors de la première attaque qui a suivi son incorporation dans l'équipage, à quel point les hommes se sont bien battus, alors qu'ils avaient essuyé quelques jours avant une dure bataille ?
― Oui.
― Et sais-tu pourquoi ?
― Non.
― Parce qu'ils voulaient impressionner cette jeune fille. Sa présence à bord entretient la libido des hommes, et au-delà de ceci, leur combativité et leur moral.
― Mais pas pour vous ? osa Philéas.
― J'ai passé l'âge de courir après les filles, trancha Anubis.
― Moi pas. Et pourtant je suis plus vieux que vous, dit Philéas.
Anubis ne répondit pas. Quel curieux concept que celui de maturité ! Comme si l'esprit ne grandissait pas à la même vitesse que le corps... Mais s'agit-il bien de grandir ? Un silence pesant s'installa à nouveau dans la pièce. Anubis se replongeait doucement dans ses pensées. Philéas en conclut qu'il était temps pour lui de se retirer. Il fit demi-tour, mais au moment où il passait la porte, la voix du Contre-amiral s'éleva une dernière fois :

― Préviens l'équipage que nous mettons le cap sur Jagathaï Khan.
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Lyina Neluira
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MessageSujet: Re: Le Rocher   Jeu 4 Aoû - 14:15

Comme quoi, un pirate aussi peu s'ennuyer. Deux jours à naviguer sans histroire. La mer était calme, et je voyais de ma longue-vue que ça se prolongerai pour un bon bout de temps.
J'avais enclenché le pilotage automatique, qui verrouillait la vitesse, la direction, et donc la barre. Je m'appuyais dessus, avachie par l'ennui. Je détestais les voyages comme ça.
Je regardais la bague que j'avais volé à un des cadavres . Elle m'allait bien. Rie de plus bête et inutile à faire que de regarder ça.
Je jetta un coup d'oeil dans ma longue-vue, vers le large. Toujours rien à l'horizon, comme il y a deux minutes. Je pouvais donc m'occuper tout en restant proche de la barre. Je m'assis sur le sol en tailleur, et sorti mon petit calepin à dessin ainsi qu'un crayon.
J'avais déjà rempli la moitié de mon carnet avec tout et n'importe quel dessin. Queleus paysages, inventés ou non. Quelques idées de bricolage pour bidouiller e nouveaux mes objets de récup'. Beaucoup de portraits, aussi. La plupart des membres de l'équipage.
Je feuilletais mes précédentes oeuvres, et remarqua qu'il y avait pas mal de page remplies exclusivement de portraits du capitaine. Il est vrai que j'aimais bien le dessiner. Peut être à cause de ces cernes. J'aimais bien cet élements sur un portrait. Ou peut être simplement son air. L'air mystèrieux, malade, presque cruel... C'était agréable à représenter.
Je tournais les pages et tomber sur une page de portrait d'Anubis, avec un petit bonus en bas de page. Le même air, les mêmes cernes, mais avec des couettes. Des couettes hautes, comme les petites filles.
J'avais oublié cette petite caricature, et je me mis à rire aux éclats. S'il montrait plus de sens de l'humour, je lui en aurai fais pendant son sommeil.
Mais c'était pas le cas, je ne pouvais donc pas me le permettre.
Après avoir calmé mon hilarité, j'ouvris mon calepin à une page vierge et entamma un dessin. Encore un portrait du capitaine. Mais cette fois, je lui donna une autre petite fantaisie. Un sourire. Un regard heureux.
Au bout de vingt minutes à peine, j'avais terminé. Je le regardais, droit dans les yeux. Ca lui allait si bien ce sourire...
Pourquoi donc semblait-il ne jamais avoir connu le bonheur? La maladie, peut être... Il est vrai que quand on est dans un tel état, sourire ne nous traverse pas trop l'esprit. Mais il a bien dut être heureux un jour dans sa vie... Mais dans ce cas, qu'est-ce qu'il l'a mis dans cet état? Qu'a-t-il bien pu lui arriver...

Alors que je me posais tout un tas de questions auxquelles j'aurais sans doute jamais de réponses, l'ordre de se rendre à Jagathaï Khan fut donné -pour ne pas dire crié-.
Je me leva d'un bond, désactiva le pilotage automatique, et changea de cap.


- Décidemment, il sait pas trop ce qu'il veut l'capitaine...
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Anubis Thorgana
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MessageSujet: Re: Le Rocher   Sam 13 Aoû - 17:12

― Teuh teuh !...
Les toussotements rauques qui s'élevaient signalaient aux matelots que leur capitaine gravissait les marches du petit escalier qui menait au pont arrière.

― Bonjour messieurs, lança-t-il à ses compagnons. Et mademoiselle, ajouta-t-il à l'adresse de Lyina, sur laquelle il arrêta un instant son regard à la fois perçant et perdu.
Les réponses lui parvinrent presque d'une seule voix, si l'on excepte un tonitruant "Ce cher Anubis !" qui prit le dessus sur tous les autres bruits. À sa rencontre venait en effet un homme entre deux âges, vêtu d'un treillis style camouflage et de nombreuses ceintures auxquelles étaient accrochées diverses armes et munitions. Cet homme était le quartier-maître John Lengeister, un ancien qui avait fui la prison avec Anubis il y a déjà sept ans. Ce dernier salua son subalterne comme un ami.

― Dis-moi, commença John, quel bon vent t'amène sur le pont ?
― Je n'ai pas le droit de passer du temps avec mon équipage ?
― Si, bien sûr ! C'est toujours un plaisir. Mais je m'étais laissé dire que tu étudiais des bouquins dans ton bureau, et que c'est pour cela qu'on a repris la mer. N'est-ce pas vrai ?
― Oui et non, John, répondit Anubis. Je devine ce que tu as en tête : oui, l'escale à Jagathaï Khan était prévue de longue date, ce n'est pas une destination que j'ai lancé sur un coup de tête, et non, ce n'est effectivement pas le but du voyage.
― Et quel ce but, alors ?
Anubis ne dit rien et alla s'appuyer nonchalamment sur une barrière du bateau, plongeant son regard dans le vaste océan, dont un détail le tracassait soudain, sans qu'il pût en déterminer l'origine. John vint se poser près de lui, et Anubis lui demanda soudainement :

― Crois-tu qu'un pirate se doit d'avoir un but ?
Pris au dépourvu, son quartier-maître ne donna pas de réponse.

― Ce voyage n'a pas plus de but que nous n'en avons, reprit Anubis. Il s'agit d'une errance infinie, au cours de laquelle nous remplirons tous les buts secondaires qui s'offriront à nos pensées. Mais de grand but final, il est possible que ce voyage n'en comporte point. Nous vivons du jour présent, saisissant les richesses qui passent à notre portée.
― Ouais ben ces derniers temps, on peut pas dire qu'on a été servis. Pas une seule attaque depuis notre départ, râla John.
― C'est parce qu'ils nous reconnaissent et nous évitent, expliqua Anubis.
Et il y avait de quoi. Les habitués des eaux de l'Archipel savaient ce que cela signifiait que de se frotter au Léviathan. Anubis avait souvent fait le tour de son navire, il en connaissait tous les détails : de chaque côté, trois rangées de dix-huit canons offraient une puissance de feu considérable, que venaient compléter deux paires de canons à la proue et autant à la poupe. Sans compter les fameux lance-grappins mis au point par les ingénieurs d'Anubis permettant un abordage très efficace, et enfin quatre scorpions, ces gigantesques arbalètes qui se répartissaient à l'avant et à l'arrière du bateau, et dont l'emploi variait suivant le projectile qu'on y fixait. Ainsi pouvait-on y mettre des lances de bois auxquelles on mettait le feu, ce qui permettait d'incendier les voiles des bateaux, voire le bateau lui-même parfois, et aussi les villages et les ports en cas d'attaque terrestre ; des lances de métal aux formes agressives était utilisées pour perforer les coques des zeppelins ; et on avait de plus fréquemment recours aux harpons. Si l'on ajoutait à cela les deux rangées de dix canons de l'Hydre de Lerne, ses propres lance-grappins, ses deux scorpions, et sa mitrailleuse Denstar modèle O-41 destinée à descendre les zeppelins, on pouvait aisément comprendre pourquoi aucun bateau n'aimait approcher la flotte d'Anubis Thorgana. Sans oublier que le blindage assez résistant des deux bateaux empêchait qu'on puisse leur infliger des dégâts trop importants pour les faire couler. Et les matelots d'Anubis étaient habitués à se battre, et ce avec un arsenal plutôt considérable. Oui, tout cela expliquait plutôt bien le calme qui régnait sur leur voyage. Mais naturellement, il suffirait qu'un bateau d'une provenance lointaine ne connaisse pas les dangers de l'Archipel pour qu'il y ait un beau grabuge...

Tandis qu'il pensait à tout cela, un mouvement flou dans l'eau attirait distraitement son regard, bien qu'il ne trouvait toujours pas ce qui le provoquait. Soudain, John et lui furent tirés de leurs rêveries par l'arrivée d'un grand oiseau qui vint se poser à côté d'eux. Un profil de cigogne, mais plus élancé, un plumage blanc qu'entrecoupait des petites plumes bleu clair sous les ailes et le cou, et un long bec, que la nature avait gratifié d'une de ses petites fantaisies, en l’occurrence des motifs symétriques, uniques et bariolés : un jantarnot. Cette espèce exotique était rare, et très appréciée des marins car il remplaçait avantageusement le pigeon pour la transmission de messages, en ceci qu'il pouvait retrouver sans difficulté un bateau au milieu de l'Océan, porter des charges plus lourdes sur de très longues distances, et était un animal fidèle une fois apprivoisé. Celui-ci avait un petit sachet attaché à sa patte. Anubis s'en saisit et l'ouvrit : il contenait des herbes sèches.

― Ben qu'est-ce que c'est que ça ? beugla John avec intérêt.
― Des tiges du Diable, Succorsex Alucinator, répondit une petite voix derrière eux.
Les deux hommes se retournèrent et se trouvèrent nez à nez avec un grand gaillard maigre, aux cheveux noirs et aux énormes lunettes.

― Tiens, dit Anubis, salut, l'Alchimiste ! Il te manquait un ingrédient ?
― Oui, répondit ce dernier, je n'avais plus une seule de ces herbes.
― Mais à quoi elles servent ? demanda John.
― Elles entrent dans la composition du Réveil de la Bête, dit Anubis.
À ces mots, il écarta un pan de sa longue veste noire, révélant une poignée de seringues qui attendait sagement dans leurs étuis à sa ceinture, et en extirpa une qui contenait un produit rouge vif. Le Réveil de le Bête. John et l'Alchimiste connaissaient bien ses effets. Les autres matelots demeuraient pour la plupart intrigués, eux qui ne connaissaient que le produit bleu qui permettait à Anubis de calmer ses crises. Puis il la rangea, confia le sachet à l'Alchimiste qui repartit illico et se retourna vers l'Océan. C'est à ce moment-là qu'il eut la révélation : une masse noire se distinguait nettement sous l'eau. À peine eut-il le temps de constater ceci qu'une gigantesque créature, sorte de baleine avec deux paires d'yeux globuleux et une forêt de cornes osseuses sur le crâne, émergea dans de grandes vagues qui secouèrent le bateau. La trajectoire du monstre ne laissait que peu de doute.

― Bordel de dieu, un kalborg ! s'écria Anubis.
Puis s'adressant à la timonière :

― À bâbord toute ! Sinon on va se faire renverser !
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Lyina Neluira
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MessageSujet: Re: Le Rocher   Mer 17 Aoû - 11:11

Sa toux alerta tout l'équipage. Et oui, le capitaine nous rendait une petite visite. Il montait sur le pont arrière, où ma barre et moi on se trouvait. Ceci me mis un peu mal à l'aise, plus que d'habitude, car mon carnet de croquis où il était assez souvent représenté était encore par terre, à mes pieds. Discrètement, je l'écrasa du pied pour le cacher.
Il salua ses hommes, et précisa ma présence féminine avec un regard plutôt peu rassurant, du quel je répondi avce un sourire plus ou moins forcé à cause de ma gène.
Heureusement, le choeur de l'équipage laissa place à une voix supèrieure, ce qui l'occupa.
C'était le quartier-maître John Len....truc-muche. Il m'avait raconté qu'il conaissait Anubis depuis pas mal de temps, le fait qu'il soit plus familier avec lui ne surprenait donc pas grand monde.
Ils entamèrent une conversation.


- Dis-moi, quel bon vent t'amène sur le pont?

- Je n'ai pas le droit de passer du temps avec mon équipage?

- Si, bien sûr ! C'est toujours un plaisir. Mais je m'étais laissé dire que tu étudiais des bouquins dans ton bureau, et que c'est pour cela qu'on a repris la mer. N'est-ce pas vrai?

- Oui et non, John. Je devine ce que tu as en tête : oui, l'escale à Jagathaï Khan était prévue de longue date, ce n'est pas une destination que j'ai lancé sur un coup de tête, et non, ce n'est effectivement pas le but du voyage.

- Et quel ce but, alors?

Le capitaine s'appuya sur une barrière d ord du bateau, et le quartier-maître le rejoins presque aussitôt.
Ils continuèrent leur échange que j'écoutais par curiosité, sans chercher à comprendre plus que cela.

Je ne pouvais pas me permettre de mettre le pilotage automatique en présence de deux supèrieurs, mais je voulais récupérer mon carnet encore présent sous la plateforme de ma bottes.
Je mis du temps à jetter des coups d'oeil vers eux pour savoir s'ils regardaient dans ma direction ou non, puis commença une gymnastique pour me baisser tout en gardant une mai à la barre et un oeil sur l'océan.
Après quelques recherche à tâtons de ma main, je saisi le carnet et "remonta à la surface", pas peu fière.
Je regardai de nouveau les deux amis et découvris en même temps qu'eux un oiseau qui servait de livreur. A cet instant, l'alchimiste passa derrière moi en me saluant d'un tape dans le dos assez forte pour que je fasse tomber mon carnet. J'avais presque envie de hurler.



- Tiens, salut, l'Alchimiste ! Il te manquait un ingrédient?

- Oui, je n'avais plus une seule de ces herbes.

- Mais à quoi elles servent?

- Elles entrent dans la composition du Réveil de la Bête.

J'aurais pu partir dans un monolgue interrogatif à ce sujet si je n'essayais pas une fois encore d'attraper ce fichu tas de feuille reliées, cette fois sans trop faire gaffe à être discrète.
Le silence redevint maître, jusqu'à ce que, à l'instant où je me redressais victorieuse, mon receuil de croquis à la main, le capitaine beugla.


- Bordel de dieu, un kalborg!

J'en restais presque pétrifiée, le regard tourné vers Anubis, qui me cria un ordre.

- À bâbord toute! Sinon on va se faire renverser!

Sous un petit coup de panique, je balança mon carnet et pris la barre à deux mains fermement pour virer à bâbord. J'ignorais complètement où cette bestiole était, ce que ne m'arrangea pas pour l'éviter.

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Anubis Thorgana
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MessageSujet: Re: Le Rocher   Dim 21 Aoû - 17:03

On enclencha les moteurs en toute urgence, car si un bon coup de barre avait évité le pire, le kalborg restait dangereux tant qu'il croisait dans les parages, si bien qu'il fallait pouvoir manœuvrer au mètre près, ce qui n'était pas rien pour un bateau de la taille du Léviathan. On fit signe à l'Hydre de Lerne, qui ne comprenait pas ce qui se passait, et il s'écarta prudemment de la zone en direction du nord, laissant de la place à son grand frère pour manœuvrer. Durant de longues minutes, Anubis dicta à Lyina des ordres extrêmement précis, car il avait bien compris que sa timonière n'arrivait pas à voir où était le danger, si bien qu'elle dusse naviguer quelque peu en aveugle, ce qui constituait une capacité de très haut niveau dans ce métier.

― Moteur avant, disait-il. Quarante-cinq degrés à bâbord. Voilà... Passez vite sur moteur arrière. Dix degrés tribord. Gouvernail, quarante degrés bâbord. À nouveau sur moteur arrière, encore vingt degrés sur tribord...
À côté du bateau, le kalborg tournait un peu dans tous les sens, plongeant et remontant à la surface à intervalles réguliers. Soudain, il fit un bond spectaculaire hors de l'eau, pour retomber à une dizaine de mètre de la proue.

― Attention ! hurla John.
― Moteur avant, quatre-vingt-dix degrés ! dit Anubis, qui paraissait être le seul à conserver son sang-froid.
La bête s'écrasa lourdement sur la surface de l'Océan, soulevant des vagues imposantes et des trombes d'eau qui se déversèrent sur le proue du bateau, lequel commençait à tanguer dangereusement. Un matelot ne put s'empêcher de rendre son déjeuner par-dessus bord tant le roulis était important. "Marin du dimanche !" se dit John. "Heureusement qu'Anubis n'a pas vu ça !...". Ce dernier était de toute façon bien trop occupé pour surveiller son équipage. Un quartier-maître Philéas Sorg trempé de la tête aux pieds fit soudain son apparition sur le pont arrière.

― Toi, s'exclama John en riant, tu reviens de la proue !
― Oui, répliqua Philéas en grimaçant. Qu'est-ce qui se passe ? Le kalborg nous attaque ou quoi !?
― Je ne pense pas, répondit Anubis. Je crois plutôt qu'il s'agit d'un mâle en pleine parade nuptiale, expliqua-t-il en montrant du doigt un second kalborg au loin. Il essaie d'impressionner la femelle là-bas.
― Comment tu sais que c'est une femelle ? s'étonna John.
― Elle a des cornes bien plus courtes, dit simplement Anubis.
Tout à coup, le kalborg vira rageusement vers la droite, en direction de sa belle. Il s'éloignait alors du Léviathan.

― C'est le moment ! s'écria Anubis. Turbines à cinq ! hurla-t-il aux machinistes.
Puis à Lyina :

― Moteur avant, dix degrés supplémentaires à bâbord. Cinq degrés tribord à l'arrière. Avec ça, on a la même direction que l'Hydre de Lerne. Et maintenant, synchronisez les moteurs. Ceci devrait nous éloigner de la zone nuptiale des deux kalborg.
Et en effet, le navire put s'en aller discrètement tandis que le mâle kalborg recommençait ses cabrioles et ses éclaboussures. Le danger était maintenant derrière eux. Petit à petit, le calme retomba sur le navire. Philéas partit mettre des vêtements secs, et John alla discrètement rejoindre le marin malade, qu'il tança gentiment. À la proue, l'équipage évacuait l'eau en trop et briquait le pont. La tranquillité revenue, Lyina s'autorisa à souffler un peu. Mais une voix au timbre sombre retentit juste derrière elle :

― Le Léviathan vous doit beaucoup, mademoiselle Neluira.
Surprise, elle ne put réprimer un sursaut. Elle se retourna, faisant ainsi face à Anubis, dont les yeux, rougis par la tristesse permanente, soulignés de cernes ténébreuses, et encadrés par ses long cheveux noirs et huileux, venaient plonger dans les siens. Quelque chose qui était peut-être censé ressembler à un sourire apparut sur son visage. Mais nul ne pouvait deviner ce qu'il pensait.

― Maintenez le cap, dit-il soudain. Les kalborgs vivent en groupe ; il serait donc trop risqué de traverser cette partie de l'Océan pour atteindre Jagathaï Khan. Nous allons faire un grand détour...
Puis, voyant peut-être un peu de gêne sur le visage de Lyina, il s'éloigna doucement d'elle et prit la direction de l'escalier, ayant comme l'esprit ailleurs, toujours pensant et tourné vers l'intérieur, et le regard inquiétant et perdu. Mais au moment où il s'apprêtait à descendre du pont arrière, il lança à sa timonière, sans se retourner :

― Ah, et faites attention ; je crois que vous avez laissé tomber votre carnet !
Après quoi il parcourut les marches et disparut du champ de vision des matelots présents sur le pont. Le Léviathan rejoignit vite l'Hydre de Lerne, et tous deux voguèrent en direction de leur nouveau cap, même si ce dernier était un peu vague. Tout était redevenu paisible. Mais à ce moment-là, ils ignoraient qu'ils allaient bientôt croiser la route d'un certain Cléomède Brabantio...
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